Ames Troubles

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lundi, novembre 9 2009

Les robots et le travail

Bonjour à tous,

Il parait que j'ai des lecteurs - et je vous remercie à tous si vous me lisez, les commentaires qui ont fleuri sous mes billets me font très plaisir ! - alors je vais essayer de rester un peu plus actif sur ce blog. Et aujourd'hui, une nouvelle petite idée qui m'est venue au fil d'une discussion... Les robots.

Il y a quelque chose d'assez paradoxale dans le concept de robot. Le mot "robot" signifie "travail" en polonais ("robotnik" pour être précis), ou encore "esclave" ou "travailleur dévoué". Son but ? Travailler à la place de l'homme, faire à sa place les taches répétitives, ennuyeuses, ou encore dangereuse. Bref, libérer l'homme du travail, et lui permettre de profiter des cotés positifs de la vie, sans en avoir les inconvénients.

Et pourtant, depuis leur origine même (la pièce de théatre "Rossum's Universal Robots"), et dans l'imaginaire populaire (comment oublier Matrix ou Terminator ?), les robots sont dangereux. Toujours, la machine vient combattre l'homme, portant en elle une haine féroce - alors que ces machines sont décrites comme incapables de sentiments. Qu'est-ce qui peut nous pousser, alors, à cette crainte ? La peur des réminiscences de l'esclavage, ou d'être accusé d'être pour cette pratique atroce ?

Mais imaginons. Imaginons que nous arrivions à produire des robots toujours plus perfectionnés, des robots qui ne penseraient pas - car, j'en suis convaincu, nous pouvons créer la logique mais pas la vie ni la pensée. Des robots qui ne se fatigueraient pas, qui n'auraient pas besoin de manger, de dormir, de faire des pauses. Des robots qui se répandraient, partout, et remplaceraient l'homme dans toutes ses taches.

Bien sûr, cela impliquerait du chômage. Mais le mot "chômage" aurait-il encore un sens dans un monde où personne ne travaille ? Si, partout dans le monde, le travail des hommes était fait par les robots, personne n'aurait plus à travailler. Ce ne serait plus du chômage, mais un genre de vacances sans fin.

Qui plus est, dans un tel monde, tout serait accessible sans fin. Après tout, les robots n'ont pas de limite de travail, ils n'ont pas à être payés, et une fois fabriqué ne coutent rien qu'un peu d'électricité, produite par un autre robot. Et si leur fabrication se fait par d'autre robot, la boucle est bouclée. Il suffirait alors d'un seul petit mouvement, comme le début d'une chute de dominos : mettons que l'énergie devienne gratuite. Après tout, elle serait fabriquée par des robots, donc sans besoin de salaire, et alimenterais ses propres robots. Mais si l'énergie est gratuite, la fabrication des robots devient gratuite : l'extraction des matières premières se fait par les robots, la construction des machines également, leur livraison idem, et tous ne coutent déjà rien. Et alors, si les robots et l'énergie - et les matières premières - sont gratuits, tout le reste n'a plus de coût.

Voici peut-être le seul moyen d'en arriver à une société où l'argent n'existe plus. Après tout, à quoi sert l'argent si rien n'a de coût ? Comment justifier de son usage quand tout le monde voit que tout est gratuit à produire ? Et si l'argent n'existe plus, le chômage est encore moins un inconvénient. Après tout, nous travaillons pour gagner de l'argent - si nous faisions les choses pour le plaisir, nous aurions toujours la possibilité de les faire, mais à d'autre moment et d'autre manière.

Et que dire des guerres ? Sans argent, plus d'inégalités mais surtout plus d'envie. Si toute la planète se délivre de l'argent, quel sera l'intérêt d'aller dans les pays voisins prendre de force les choses qu'on pourrait avoir gratuitement sans cela ? La guerre n'aurait plus de raison d'être, hors la soif de pouvoir de certains fous - mais là encore, le totalitarisme et la violence naissent de la pauvreté. Et si la pauvreté est totalement abolie, il n'aurait plus de terreau où pousser.

Arriverons-nous un jour à un tel monde ? Je n'en suis pas sûr. Certaines fonctions ne peuvent être accomplies par un robot sans âme - toutes les activités artistiques, par exemple, ou encore tous les métiers de la psychologie, de la police ou de la médecine. Ces métiers font trop appel à l'instinct et à la créativité humaine pour pouvoir être programmés - mais qui sait, un jour peut-être, seul l'art restera une frontière impossible à franchir pour les robots.

Et dans ce cas, peut-être aurons-nous assez de personne qui font de l'art par plaisir et par passion pour qu'ils n'aient pas besoin de salaire. Nous n'aurions plus besoin de "travailler pour vivre", mais simplement de "vivre et de faire ce qu'il nous plait". Peut-être est-ce une forme de paradis ?

samedi, août 15 2009

Téléchargement légal à la Fnac, histoire d'une nullité

Bonjour à tous,

En ces temps de loi Hadopi, de droit d'auteur à ne plus savoir quoi en faire et de remises en question du piratage (ce que, en tant que créateur de jeux vidéos, je ne désapprouve pas forcément totalement dans le fond, quand bien même la forme me gêne), j'aimerais vous raconter l'odyssée douloureuse qu'a été ma première (et dernière) tentative d'achat sur internet sur le site de la Fnac.

Tout a commencé le 3 août, lorsque j'ai reçu, pour ma participation à divers sondages, un bon cadeau "fnac.com". Ca tombait bien : j'avais envie de découvrir de nouveaux jeux, et je me suis donc jeté sur leurs offres. Et plus particulièrement sur leurs offres de téléchargement, car je n'avais pas particulièrement envie de me rendre à la poste récupérer le colis que j'aurais acheté.

Première constatation : le bon d'achat dont je bénéficiais, si il est parfaitement utilisable sur la fnac.com, ne peut être utilisé sur le téléchargement, qui (d'après un vendeur fnac consulté plus tard) est en fait totalement indépendant du reste. Pas grave : ça m'a donné envie et particulièrement envie d'acheter City of Heros, jeu que j'ai envie d'essayer depuis longtemps. Je rempli les différents champs, bref, prépare ma commande normalement.

Et là, premier problème. Pour éviter d'avoir à re-donner mon numéro de carte, je choisi le paiement par Paypal. Je valide le paiement sur Paypal, tout se passe bien... Sauf que. Sauf que lors de la fin du paiement et du retour au site, je reçois une magnifique erreur 404 (soit en d'autres termes un message m'indiquant que la page n'existe pas). D'où expectative : ai-je payé ? Vais-je être prélevé ? Si oui, vais-je recevoir mon jeu sachant que je n'ai reçu aucun mail ?

Immédiatement, je tente de contacter par téléphone le service après-vente des produits en téléchargement, en utilisant le numéro inscrit à cet effet sur le site de la Fnac. Cinq tentatives de coup de fil plus tard, espacées chacune d'une heure, toujours rien : personne ne réponds à ce numéro. Exaspéré - et inquiet, je n'ai même pas reçu de mail de confirmation ! - je fini par leur envoyer un email, auquel je n'aurais jamais de réponse.

Le lendemain, je tente à nouveau plusieurs fois de joindre ce service : rien. Toujours pas de réponse, pas même un répondeur : le téléphone sonne juste dans le vide. Finalement, je me décide, ayant envie de jouer, à acheter le jeu à nouveau, mais par carte bleue cette fois (le jeu coûtait 10 euros, ce n'était pas particulièrement élevé). Cette fois, je reçois les mails et apprends ainsi une chose interessante : le numéro indiqué, ainsi que le mail de contact, sont tous les deux faux. Inutile d'y écrire si vous avez un problème un jour, la société qui s'occupe des téléchargements pour la fnac a changée et le site de la fnac n'a tout simplement pas été mis à jour.

Je me met donc immédiatement à télécharger le jeu que j'avais acheté. Le téléchargement se passe bien, et comme vous l'ignorez peut-être, City of Heros est un jeu se jouant exclusivement en ligne : je me suis donc rendu sur le site de l'éditeur du jeu pour créer un nouveau compte, pendant que le téléchargement s'effectuait tranquillement. Et là, nouveau problème : le code de création de compte était déjà utilisé !

Petite explication ici : comme je l'ai dit, le jeu est multijoueur, ce qui signifie que chaque joueur possède un compte sur le site de l'éditeur, compte créé en utilisant un code unique trouvé avec son jeu. Deux comptes différents ne peuvent pas être créés avec le même code.

J'envoi donc pour commencer un message à l'éditeur en utilisant son système de support. Et dans le même temps, je prends mon téléphone et compose le numéro (surtaxé) de leur hotline pour obtenir quelques renseignements.

Rapidement, j'apprends qu'il n'y a aucune trace de mon achat par paypal : j'imagine donc qu'il ne me sera pas débité (il ne l'a pas été à ce jour). Et j'apprends également qu'ils ne peuvent rien pour moi : si le code ne marche pas, c'est le problème de l'éditeur et pas le leur. Et bien sûr, le lendemain, réponse de l'éditeur : c'est le vendeur qui est responsable et pas nous.

Commence alors une belle partie de ping-pong, où je me retrouve à devoir attendre au téléphone une réponse, sans jamais en avoir. Chaque fois, ils se renvoyaient la balle, affirmant qu'ils obtenaient leurs codes directement de l'éditeur et qu'ils n'étaient donc pas responsables, et qu'il fallait aller voir les autres.

Finalement, ce lundi (le 10), excédé, je téléphone à la DGCCRF. Où j'obtiens une réponse très claire : l'éditeur n'a rien à voir là-dedans, j'ai payé pour un code qui marche, la fnac me doit un code qui marche. Point. Donc, sur leurs conseils, j'envoi un mail de mise en demeure demandant d'obtenir un code qui marche.

Et là... rien. Pas de réponse. Le lendemain, je leur téléphone, leur demandant si ils ont bien reçu mon mail. Réponse : "oui, mais il faut que je vous passe mon chef". J'attends donc une petite demi-heure au téléphone, après quoi j'apprends que le chef est occupé et me rappellera, promis, dès qu'il a raccroché (ce qui m'arrange : je vous rappelle que je paye tout ça). Le soir vient : pas un appel. Je rappelle donc, bien décidé à obtenir ce qui m'est du. J'apprends que le chef n'a pas eu le temps de me contacter, mais qu'il me rappellera demain.

Le lendemain, toujours rien. Pas un coup de fil, rien ne se passe. Et finalement, c'est le sur-lendemain (le 13 donc) que je reçois enfin un mail m'indiquant qu'ils ne sont responsables de rien, mais que pour résoudre le problème ils m'envoient un nouveau code, qui lui fonctionne.

Bilan ? Deux semaines d'attente, une vingtaine d'euros déboursés en plus dans leur service après-vente (qu'ils ne m'ont jamais remboursé, alors que je n'était en rien responsable de la situation), soit plus du double du prix du jeu ! Et bien sûr quelques constats, en particulier que la fnac donne de fausses informations pour les contacter, que les paiements ne donnent parfois rien...

Bref, je vous laisse vous faire votre propre opinion sur tout ça. Pour ma part je profite maintenant du jeu que j'ai (enfin !) eu, en me promettant de ne plus jamais acheter quoi que ce soit sur leur service de téléchargement et en conseillant vivement à tout le monde de faire de même.

mercredi, juillet 29 2009

10 raisons pour lesquelles je suis contre Hadopi

Préambule : Parce que je pense que ce sujet est important et qu'il faut en parler un maximum, je place la totalité de ce billet - et uniquement de ce billet - sous licence Créative Commons (BY, SA). En d'autres termes, vous pouvez le reprendre et le modifier à votre guise à condition de (1) indiquer que j'en suis l'auteur et mettre un lien vers ce billet et (2) partager vos modifications, si vous en faites, sous la même licence. Ce qui m'amène à vous mettre ce joli petit symbole : Creative Commons License
10 raisons pour lesquelles je suis contre Hadopi by Ekilio est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 France.

Le grand sujet qui fait parler de lui en ce moment, particulièrement parce qu'il est sur un point assez sensible, c'est la loi Hadopi. Je ne vous ferais pas l'affront de vous redire ce dont parle la loi en détails, mais en gros, c'est une loi visant à tenter de protéger le droit d'auteur sur internet en punissant les gens dont l'adresse IP va se retrouver sur un réseau de pair à pair (P2P, c'est à dire Bitorrent, Emule, Limewire ou tout ce que vous voulez du même accabit). C'est un sujet particulièrement sensible pour plusieurs raisons : d'une part, il oppose d'un coté un nombre très important de personnes qui téléchargent quotidiennement et ne souhaitent pas arrêter, et d'autre part les artistes qui pensent - à tort ou à raison, et je donnerais mon avis sur ce point plus bas - que ce téléchargement nuit à leurs ventes et donc à leurs revenus. Interviennent également deux points importants : la volonté du gouvernement à "aller jusqu'au bout" sans aucune écoute, et - et c'est lié - le lobbyisme intensif des majors (principales maisons de productions de disque) pour que ce projet de loi passe.

I/ Le téléchargement illégal, pour ou contre ?

Lorsque je parle de cette loi, je m'entends souvent répondre "mais on ne peut pas laisser les artistes faire piller leurs oeuvres, c'est important d'agir". Alors je vais commencer par cette mise au point : je ne suis pas contre la protection de la création. Je suis pour qu'on trouve un système permettant de protéger les droits des artistes, et je suis pour qu'on trouve un moyen de les rémunérer à la hauteur de leur travail et du succès de celui-ci. Et en tant que créateur de textes, et de jeux quand l'envie m'en prends, je ne suis bien évidemment pas favorable au téléchargement illégal.

Mais d'un autre coté, il faut aussi cesser de se voiler la face : actuellement, le téléchargement est une réalité. Vouloir l'abolir maintenant reviens à vouloir interdire le feu : c'est impossible. Il n'est plus temps - et au final, a-t-il été temps un jour ? - de lutter contre, il faut au contraire trouver un moyen pour l'utiliser. Contrairement à ce qu'affirment les majors et certaines personnes, le P2P est un outil et pas une fin. Un outil de diffusion de contenus, mais cette diffusion peut être légale, et non subie. C'est sur ce point que devrait se jouer la loi.

II/ Techniquement, en quoi consiste la loi Hadopi

Interessons-nous maintenant un peu plus précisément au fonctionnement de cette loi et au fonctionnement d'une manière plus générale des réseaux pair à pair. Pour commencer, résumons quelques termes techniques :
  • Un fichier, sur un ordinateur, c'est... à peu près tout. Par exemple, un morceau de musique c'est un fichier. Un livre entier, lisible sur un traitement de texte, c'est un fichier.
  • Un réseau pair à pair (en anglais peer-to-peer) est un ensemble d'ordinateurs connectés ensemble et qui partagent des fichiers. Notez bien qu'il s'agit de partage informatique : le nombre de fichier augmente, on ne divise pas un même fichier en plusieurs morceaux.
  • Un réseau est un ensemble d'ordinateurs ou de réseaux connectés les uns aux autres. Par exemple, chez vous, si vous avez un ordinateur, que votre fils en a un, et que vous avez par ailleurs une "box" fournie par votre opérateur internet, vous avez un réseau composé de trois éléments : les deux ordinateurs et la box.
  • Internet, qu'on appelle aussi le "réseau des réseaux" est un grand réseau composé de réseau plus petit. Du point de vue d'internet, votre réseau tout entier (votre ordinateur, celui de votre fils et votre box) ne sont qu'un seul élément.
  • Une adresse IP est une suite de chiffres identifiant un élément d'un réseau à l'intérieur de ce réseau. Imaginez ça comme une sorte de "nom" de l'élément.
Maintenant, et parce que c'est important pour comprendre la suite, voyons comment fonctionne l'internet, en le comparant à la poste. Mettons que vous vouliez par exemple aller voir un site web. Vous envoyez donc un message à ce site web (votre ordinateur le fait pour vous lorsque vous êtes sur internet) en disant "je veux voir le site A".

Pour être parfaitement précis, ce message ressemblerais, si nous étions les ordinateurs, à ceci :

"Bonjour,

Je suis Ekilio. J'habite sur Ames-Troubles. Je voudrais voir le site A.

Merci."

Le site en question va alors préparer un exemplaire de la page et va l'envoyer (un peu comme un courrier dans le cas de la poste) à l'adresse "Ames-Troubles", puisque j'ai dit que j'habitais sur "Ames-Troubles". Un peu comme le facteur amènerais un catalogue à votre adresse postale. Ensuite, sur ames-troubles, il se produit un autre tri : le message est à destination d'Ekilio. Donc il m'est renvoyé à moi (enfin à mon ordinateur), un peu comme chez vous vous triez le courrier et donner à votre fils ce qui est à lui, à votre femme ce qui est à elle et à vous-même... ce qui est à vous.

Dans le cadre de l'internet, la personne qui fait le "tri du courrier" chez vous est votre box. Et dans le cadre des réseaux pair à pair, ce ne sont pas des sites que vous voulez voir, mais des fichiers. Voici donc exactement la procédure qui se produit :

  1. Vous contactez votre box, qui s'appelle "Pissenlit" en lui disant : "Je voudrais que Tartempion me donne le fichier <Tous les textes de Ames Troubles>"
  2. Pissenlit contacte Tartempion et lui demande : "Je m'appelle Pissenlit, je voudrais <Tous les textes de Ames Troubles>"
  3. Tartempion, qui est également une box, contact Tartempoil, qui est un ordinateur, en lui disant : "Quelqu'un demande <Tous les textes de Ames Troubles>"
  4. Tartempoil envoi "Tous les textes de Ames Troubles" à Tartempion
  5. Tartempion envoi "Tous les textes de Ames Troubles" à Pissenlit, dont elle connait le nom puisque c'était marqué dans la demande
  6. Pissenlit vous envoi "Tous les textes de Ames Troubles"
Bref, c'est assez simple, non ? Revenons maintenant à la loi Hadopi. Le but de la loi Hadopi est de s'arranger pour que très régulièrement, Tartempion soit un professionnel payé par les maisons de disque pour noter toutes les adresses utilisées pour le téléchargement. Ainsi, dans notre cas, il noterait "Pissenlit a essayé de télécharger <Tous les textes de Ames Troubles>". Cet agent serait assermenté.

Il est possible à tout moment, pour un fournisseur d'accès (SFR, Free, Orange... Bref celui à qui vous payez 30 ou 40 euros par mois en échange d'un accès à internet) de dire avec précision : "Ah, Pissenlit, à telle heure, tel jour, c'était le nom de la box de madame Anne O'Nyme". La Hadopi (qui est le nom d'une commission créée par la loi) vous enverra alors un mail, à l'adresse enregistrée par votre fournisseur d'accès, en disant en gros : "Attention, premier avertissement, vous avez téléchargé, c'est mal".

Puis, si vous recommencez dans une certaines période de temps, on vous enverra (la loi ne demande pas que vous receviez mais elle impose l'envoi) un recommandé avec accusé de récéption remis contre signature. Qui vous dira en gros : "Attention, vous avez encore téléchargé, c'est très mal et en plus vous risquez gros".

Et enfin, si vous re-recommencez, vous risquez une amende (cinquième classe), une coupure d'un mois à un an d'internet, et en plus une obligation d'indemniser les auteurs téléchargés. Notez que tout ceci sera fait en utilisant la même procédure que contre les chauffards flashés au radar : le juge aura un peu moins de deux minutes (d'après les chiffres du ministère) pour décider de la sanction, et elle sera décrétée par le biais d'une ordonnance, donc ni vous ni votre avocat ne serez présents.

Bien sûr, comme dans le cas des PV, vous pourrez le contester et demander à passer au tribunal, avec les frais d'avocats que cela représente et le risque de prendre plus cher (jusqu'à trois ans de prison et plusieurs centaines de milliers d'euros d'amende).

III/ Pourquoi être contre ?

Tout ceci semble absolument parfait. Voici donc maintenant 10 raisons, techniques ou éthiques, pour lesquelles je suis contre cette loi.

Raison numéro 1 : Cette loi a été votée illégalement.

La première raison est une raison éthique. La loi a été discutée et certains amendements votés, à l'assemblée, en violation directe du règlement de l'assemblée. On pourra me dire que je pinaille, mais le règlement de l'assemblée nationale est un des garants de notre démocratie. Dans ce cas précis, le vote a été fait alors que des commissions mobilisaient les membres de l'opposition (en d'autres termes, ils étaient en train d'étudier, en petit groupe, d'autres lois) : ils avaient bien sûr le choix de ne pas aller en commission pour assister au vote... sauf qu'il est normalement impossible de procéder au vote tant que les commissions ont lieu. Et donc qu'il n'y avait pas de raisons de ne pas faire le travail qu'ils devaient faire en commission. Notez qu'à voir les rangs, la majorité elle a été prévenue que le gouvernement allait violer la loi.

Raison numéro 2 : Il est extrêmement simple de faire accuser n'importe qui

La seconde raison est plus technique, et je m'en vais vous l'expliquer assez simplement. Imaginons qu'au point 2 de mon explication de tout à l'heure, Pissenlit contacte Tartempion et lui dise : "Je m'appelle Marguerite, je voudrais <Tous les textes de Ames Troubles>". Dans ce cas là, c'est Marguerite et plus Pissenlit qui serait enregistré et qui aurait le mail, puis le courrier recommandé, puis enfin l'amende, la coupure et tout ce qui s'en suit. Techniquement, c'est non seulement faisable, mais relativement simple ; et plusieurs groupes de défense de la liberté du net ont d'ailleurs annoncé leur intention de le faire. En d'autres termes, même si vous n'avez internet que pour parler sur MSN à votre fils qui fait ses études au Québec, vous pouvez être visé. Sans que vous n'ayez fait quoi que ce soit.

Raison numéro 3 : La loi suppose que nous sommes tous informaticiens.

Bon, pour moi c'est mon cas. Mais pas pour vous. Le problème est le suivant : il est actuellement techniquement très simple (cela a été fait par plusieurs députés, y compris des qui n'y connaissent rien en informatique, il faut une petite demi-heure et ensuite c'est fait - et ça reste !) de "pirater" votre ligne internet. Si vous n'êtes pas un professionnel, c'est indétectable ; pour vous il ne se passe rien, mais en fait votre box est utilisée pour télécharger. Vous écopez de l'amende, alors que vous n'y êtes pour rien : c'est ce qu'on appelle le "délit de non-sécurisation de l'accès internet". Vous n'y êtes pour rien, mais vous trinquez quand même ; et à nouveau ça peut tomber sur n'importe qui. On estime qu'actuellement une personne sur trois télécharge. Si vous ne téléchargez pas mais que vous avez au moins deux voisins, vous risquez d'être condamné.

Raison numéro 4 : Le risque pour les innocents est énorme

J'ai expliqué dans les raison 2 et 3 à quel point n'importe qui est potentiellement une cible de la loi Hadopi. D'après les études indépendantes sur les effets de cette loi, il y aura environ 30% de fausses condamnations, c'est à dire que 30% des gens jugés par l'Hadopi seront condamnés à payer 1500 euros pour rien. Il n'auront commis aucun crime, aucun délit, ils se seront bien comportés, mais il n'auront pas eu de chance. Vous imaginez ce que ça peut représenter ? Vous imaginez dire "Je viens d'un pays où une personne sur trois est condamnée, je le sais mais c'est normal" ?

Raison numéro 5 : Le renversement de la charge de la preuve

Dans le cadre de la loi "normale", le principe est de dire (en gros) : j'ai un poignard taché du sang de la victime, les empruntes de l'accusé sur le poignard, donc je pense qu'il l'a tuée. Dans le cadre de la loi Hadopi, le principe est le même qu'au Cluedo : Une personne dit "J'accuse le Colonel Moutarde de téléchargement", et si quelq'un a la carte du Colonel Moutarde, il la montre, sinon le Colonel Moutarde est déclaré coupable. En d'autres termes, si la personne accusée peut, d'une manière inconnue à ce jour (le projet de loi ne prévois que le certificat d'hospitalisation ou la preuve de déplacement à l'étranger) démontrer que si, son accès a été sécurisé, alors il ou elle est innocenté. Mais si l'accusé n'a pas de preuve de son innocence, il est coupable : c'est ce qu'on appelle la présomption de culpabilité.

Raison numéro 6 : L'inégalité des parties

Le principe de base de la loi est qu'il n'y ai pas de procès : le juge décide, par ordonnance pénale, de la peine. Ces ordonnances sont adaptées dans le cadre, par exemple, des excès de vitesse parce qu'il n'y a personne à indemniser. Mais là, la loi prévois de permettre aux artistes lésés de demander au juge une réparation. En d'autres termes, le juge verra une seule personne : l'artiste. Lequel artiste lui expliquera qu'on lui a volé de l'argent en téléchargeant, que c'est très mal et qu'il faut punir séverement le vilain pirate. Mais le juge n'aura pas la possibilité de savoir si le pirate a par exemple besoin de son accès internet pour travailler (quid du télétravail ?), si il a réellement piraté, ou quoi que ce soit d'autre. Bref, il n'y aura qu'une personne à parler au procès, la victime du téléchargement. C'est contraire à toute la notion de justice qui consiste à dire que toutes les personnes sont égales devant la loi : ici l'artiste sera supérieur à tous les autres.

Raison numéro 7 : La dépendance du juge à un intêrét privé

C'est une extention de la partie précédente : les seules preuves sur lesquelles le juge "jugera" seront des preuves fournis par les majors - plus exactement par des agents payés par eux. En d'autres termes, le juge n'aura pour preuve que des témoignages (c'est ça un procès verbal : un témoignage d'une personne disant "à telle heure, tel jour, j'ai vu ceci") de personnes payées par l'une des parties. Imaginez un instant le même procès dans un autre cadre, bien plus grave : imaginez que vous soyez jugé pour meurtre, mais que durant le procès ni vous ni votre avocat ne soit présent et les seuls témoins soient payés par la famille de la victime, qui est elle présente ainsi que leur avocat. Est-ce là la justice ?

Raison numéro 8 : La punition collective

D'une manière assez évidente, la coupure de l'accès internet est une sanction qui retombera sur toute la famille : si le fils télécharge, les parents et les autres enfants seront également sanctionnés. Or, code pénal, article 121-1 : Nul n'est responsable que de son propre fait. En d'autres termes, vous ne pouvez pas être sanctionné parce que votre voisin à volé une montre dans un magasin. Mais là, ce n'est pas le cas : c'est tout une famille, voir plus (dans une collocation par exemple où un seul des collocataires télécharge) qui se retrouve sanctionnée pour les agissement d'un seul.

Raison numéro 9 : La discrimination entre les artistes

La loi prévoit qu'un certain nombre de musiques et de films seront surveillés. Un nombre fini : quelques milliers en tout. Cela veux dire qu'on considère que seuls ces quelques milliers sont "dignes" d'être protégés ? Et que le reste n'est pas véritablement de la culture ? Et donc que les artistes qui ne sont pas assez riches pour se payer une major n'ont pas le droit à une protection ? A nouveau, cela revient à une inégalité devant la loi entre les artistes "protégés" et les autres.

Raison numéro 10 : L'absence d'alternative au téléchargement

Ce dernier point est un point plus d'éthique et un peu plus complexe à exprimer clairement. Actuellement, au lieu de voler un livre dans un magasin, on peut l'acheter. Au lieu de tuer quelqu'un parce qu'il nous a fait du mal, on peut l'ignorer, ou au pire lui faire un procès. Mais au lieu de télécharger... On ne peut rien faire. Il n'y a qu'une seule alternative au téléchargement illégal, c'est le téléchargement... légal. Actuellement, on trouve : soit le catalogue d'un unique major (ceux qui ont testé l'offre de Quick d'une heure de téléchargement savent combien il est vide), soit les plateformes comme iTunes où on paye entre 1 et 2 euros par chanson (2 euro pour les chansons les plus populaires). Actuellement, quelqu'un qui veux un CD complet et à la mode doit donc débourser (12 chansons x 2 euros = ) 24 euros. Soit le prix de l'album avec son blister, son papier, sa galette, son livret... Bref quelque chose de bien plus complet. Ce n'est pas une alternative, au final : pour le même prix, on a moins ! Il manque une véritable alternative offrant la possibilité d'obtenir juste la musique, pour le prix de "juste la musique". Voir pourquoi pas pour une licence fixe, comme le veux la licence globale ?

IV/ Conclusion

Voila. En conclusion, je dirais que la protection des droits d'auteurs, oui, je suis pour. Mais la protection des droits d'auteur n'est pas un impératif plus haut que la protection du principe même de justice, qui est attaqué. Et pour ceux qui diront que ce n'est qu'une entorse mineure : souvenez-vous que le plan vigipirate devait n'être qu'un truc temporaire justifié par des circonstances spéciales ; il est au même niveau depuis plusieurs années. Les procédures accellerées de jugement devaient n'être que pour certains délits ; elles sont présentes pour tout.

Chaque fois dans l'histoire qu'on a diminué nos libertés "pour un point mineur et très précis", ça a été agrandi à tout en peu de temps : c'est la brèche qui compte, que ce soit en jouant sur la sensibilité de la pédophilie, en jouant sur le chiffre du piratage ou en jouant sur la peur du terrorisme. Au final, ce ne sont que des arguments pour faire passer une brèche qu'on élargie au fil des lois.

jeudi, juillet 23 2009

Vis ma vie d'EIP

Après avoir vu rapidement les principe "psychologique" qui régissent la définition des EIP, et être passé rapidement sur ce qu'ils impliquent en théorie, je vous propose une autre vision des EIP, en espérant que cela puisse peut-être aider les parents qui se poseraient des questions après le diagnostique comme EIP de leur enfant. Je vais tenter de vous raconter ma vie en tant qu'EIP, et ce que cela a impliqué pour moi. Si d'autres EIP veulent réagir, qu'ils n'hésitent pas à parler de leur enfance, cela donnera un aperçu de ce que c'était réellement, pour nous, loin des discours théoriques des psy. Je vais tenter autant que je le peux de me cantonner à la période enfance et adolescence, sans parler de la partie "adulte" de la chose.

Ce n'est jamais facile d'analyser avec franchise ses propres sentiments et ses propres actes, alors qu'on a plusieurs années de plus et qu'on ne peut se fier qu'à nos souvenirs pour les retracer. Je me souviens des cours, lorsque j'étais encore au primaire. Je ne me rappelle pas avoir eu de difficultés, particulièrement avant mon passage de classe... Au contraire, tout était très facile, presque évident. Les réponses à apporter étaient on ne peux plus simples ; je "comprenais" les choses. Par exemple, les multiplications : je me rappelle de longues disputes avec ma mère, avant de sortir de la maison, pour me faire réciter une table que je ne connaissais toujours pas par cœur. Je n'ai jamais eu de problèmes avec les multiplications, j'ai très bien compris ce qu'elles voulaient dire... mais je refusaient de les apprendre par cœur. Apprendre par cœur, c'était accepter un état de fait ; alors que je pouvais "comprendre" les multiplications et leur utilisation, et ensuite, quel besoin de les apprendre vu que je comprenais ce qu'elles faisaient ?

La précocité amène souvent un déséquilibre émotionnel. C'est un fait cliniquement constaté ; pour ma part, il ne m'a pas vraiment dérangé lorsque j'étais à l'école. Bien sûr, lorsque j'ai sauté une classe, j'ai perdu mes amis, mais je les voyaient encore lors des récréations ; et puis, quoi qu'il en soit, je n'étais pas dans un environnement inconnu et donc je n'ai pas eu trop de mal à m'en faire de nouveaux. Les choses sérieuses, en fait, ont commencées à mon arrivé au collège. Je ne connaissais plus personne, car je passais d'une école privée à un collège public. A ce moment-là, je me passionnais pour la lecture ; je lisais tout le temps, de mon réveil à mon coucher, en passant par le repas de midi (je lisais en mangeant et en faisant la queue), les cours (je cachais les livres derrière les cahiers que je posais à cheval entre la table et mes genoux) et même sur le trajet : c'est à cette époque où j'ai appris comment lire dans la rue tout en gardant un oeuil sur ce qui se passe autour. Bien sûr, mes passes-temps étaient totalement différents de ceux des autres élèves ; a vrai dire, je n'ai jamais vraiment compris ce qu'ils aimaient. Au début de ma période de collège, j'avais aussi une propension croissante à regarder la télévision, vite censurée par une interdiction de mes parents. J'ai toujours été très sensible à toutes ces choses ; mes rédactions et mes histoires se peuplaient de monstres féroces, de sang et de violence. La privation de télévision, bien sûr, ne m'a pas fait plaisir, mais je pense qu'elle m'a été bénéfique.

Les livres étaient donc mes compagnons de tous les jours, les autres élèves n'étant pas dans la même optique que moi. En revanche, patient, bien élevé par mes parents, et généralement serviable, j'ai toujours eu beaucoup de facilité et de plaisir à me mêler aux adultes. Je me souviendrais probablement toute ma vie de mes cours d'histoire-géographie, en quatrième, que je terminais toujours par une longue discussion avec mon professeur, à tel point qu'il avait inscrit dans son agenda, après notre cours, une case "Discussion" de vingt minutes ! J'avais une façon de raisonner et d'appréhender les choses différentes de celle des autres, parce que comme pour les multiplications, je les comprenaient. L'histoire, après tout, n'est pas qu'une suite de date, même si c'est sur ce point que nous sommes notés ; c'est avant tout une explication logique, un enchainement de faits compréhensibles et explicable avec un peu de psychologie. Croyez-moi, si vous voulez faire aimer l'histoire à quelqu'un, faites abstraction des dates quelques minutes et expliquez-lui pourquoi les choses se passent et plus uniquement quand elles se sont passées : ça change totalement le regard sur la matière.

Qu'on ne s'y trompe pas, en lisant tout ceci, on pourrait croire que j'étais malheureux : il n'en est rien. J'étais content de cet état de fait, j'avais des gens - des adultes qui plus est - avec qui discuter, et discuter de façon très intéressante ; je me voyais - et me vois encore, en fait - comme un enfant, et la possibilité de discuter, d'argumenter et de débattre avec un adulte me remplissais de joie. Je ne sais pas comment l'expliquer autrement que comme ceci : lorsque je débattais ainsi, je n'était plus simplement un enfant passif, qui écoutait ce qu'on lui disait, je devenais un interlocuteur à égalité avec l'adulte, capable de suivre mes propres raisonnements et d'apporter ma propre lumière sur certaines choses. C'était une démarche purement intellectuelle et j'y étais associé ; j'adorais ça.

Malgré tout, mes notes restaient relativement moyennes, voir mauvaises. La raison en était double. D'abord, je n'avais jamais été habitué à travailler : lorsque j'étais au primaire, je pouvais réussir tout ce que j'avais à faire en cours simplement en le comprenant, il ne m'était jamais indispensable de l'apprendre. Ensuite, et surtout, je restais et reste toujours dans cette logique de compréhension, et donc ne voyais pas l'intérêt de choses qui sont au fond accessoires, les dates par exemple. Après tout, voyons les choses en face : est-il plus important de savoir que l'assassinat de l'archiduc françois-ferdinand à eu lieu le 28 juin 1914, mais d'ignorer totalement pourquoi il a été tué et pourquoi ça a déclencher la première guerre mondiale, ou de savoir que ça a eu lieu en 1914, qu'il a été tué car la Bosnie avait été envahie auparavant par l'autriche-hongrie et que les Serbes refusaient, et qu'en plus la visite avait eu lieu un jour de fête religieuse Serbe qui avait été repris à son compte par l'Archiduc, et que les Serbes voyaient donc dans cette visite une provocation ; et que, lorsque l'autriche appris, en grande partie par hasard, que les armes avaient été fournies par la Serbie aux assassins, elle imposa un ultimatum irréalisable à la Serbie, qui le refusa, ce qui amena l'autriche à envahir la Serbie et du fait des différences alliances, la première guerre mondiale ?

Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit : certains élèves de ma classe situaient le paléolithique en 1948, et c'est évidemment n'importe quoi. Il faut connaitre, selon moi, l'époque approximative des choses, mais leur date au jour près... Quelle importance ? Bref, à cause de considérations de ce genre, et bien que je comprenais parfaitement la logique derrière les choses dans la plupart des matières, je n'ai jamais été très bon. Et à coté de ça, je restais éloigné des autres élèves, au collège comme au lycée, pour la simple raison que mes passions étaient liés à mon imaginaire, et à mon refus d'accepter que tout se limitais à mes livres de cours... Je rêvais d'astrophysique pour découvrir l'univers, d'informatique nouvelle et ultra-performante qui ouvrirait la voie aux robots, d'elfes, de fées, de lutins et de mondes imaginaires qui rendraient la vie différente du simple train-train. Je n'ai jamais voulu limiter mon imagination, et cela m'éloignais de la plupart des autres élèves, qui bien sûr rêvaient aussi, mais de choses plus... terre à terre.

Ce sont les principales choses qui me reviennent à l'esprit en pensant à cette période. J'en oublie surement ; n'hésitez pas à les compléter si vous avez vécu tout ça, ce serait avec plaisir ! Et n'hésitez pas à demander si vous vous posez des questions, je ne suis bien sûr pas un expert mais... je comprends comment je fonctionne, en partie :-)

mercredi, juin 17 2009

QI, Q(u)I es-tu ?

Souvent, lorsque je discute avec des gens à propos de l'intelligence, j'entends des choses assez incroyables - et complètement fausses - ou des préjugés très éloignés de la réalité. J'aimerais donc, chers lecteurs, vous proposer de vous aventurer dans le monde merveilleux du QI et de la précocité...

Le QI, qu'est-ce que c'est ?

Je pense que la première chose à faire serait de parler un peu de ça. Le QI, ou Quotient Intellectuel de son nom complet, est un test que certains psychologue (ou autres choses commençant par psy) font passer à leurs clients enfants. Je souligne tout de suite : enfants. Le QI dont je vais parler (que Wikipédia, dans sa grande sagesse, nomme "QI Classique") est un outil qui, couplé à d'autres, permet de détecter, chez l'enfant, des troubles divers : un QI bas implique un enfant en difficulté, qui va avoir du retard par rapport à ses camarades, et un QI haut implique à l'inverse un enfant en avance.

Je ne rentrerais pas dans les détails mathématiques du calcul ; mais pour faire simple, le QI est à relier à la notion d'âge mental. Pour ceux d'entre vous (veinards) qui n'auraient jamais passé de tests de QI, l'idée générale est de faire passer à la malheureuse victime l'enfant une suite de tests sous forme de petites énigmes de logique (suite de chiffres à compléter, formes à ranger dans l'ordre, etc...) et de noter les réponses et le temps mis pour les trouver. Ensuite, le médecin compare le résultat obtenu avec les résultats obtenus en moyenne par des enfants de différents ages. On divise l'age dans lequel "se trouve" l'enfant par son age réel, et on multiplie par 100 : ça donne un QI.

Un petit exemple pour mieux comprendre. Mettons que le petit Marc va passer le test. Marc a 10 ans ; mais les résultats qu'ils obtient au test sont ceux obtenus, en moyenne, par des enfants de 12 ans. Marc aura donc un QI de (12 / 10) * 100 = 120. Simple, non ?

Maintenant, là où ça se complique, c'est lorsqu'on parle de ce que signifie réellement le QI. Lorsqu'on viens à dire, quelle que soit la raison à cela, qu'on a un QI supérieur à la moyenne, on entends dire qu'on est "supérieurement intelligent", "surdoués"... Remettons les choses en place. D'abord, le QI ne s'adresse qu'à des enfants et montre un décalage, chez l'enfant, entre son age physique et son age mental. Mais chez l'adulte, ce décalage n'a plus de sens : tous les adultes ont acquis les bases logiques nécessaires. Le QI n'est plus un décalage, et d'abord un décalage entre quoi et quoi ? En étant adulte, il n'y a plus l'aprentissage tel qu'il est chez l'enfants ; on continue à apprendre des choses mais pas des façons de penser. En d'autres termes, le concept selon lequel 2 + 2 = 4 est acquis, et ce qu'on apprends encore c'est "couper le fil noir pour désamorcer la bombe". En gros, plus de tronc commun de concepts, mais une spécialisations d'informations.

Ensuite, le QI ne s'intéresse, de par son principe même, qu'à la logique des personnes passant le test. Lequel test a pour but, je le rappelle, de détecter d'éventuels problèmes chez les enfants (donc scolaires), pas de mesurer une intelligence que je serais déjà bien en peine de vous définir clairement. En d'autres termes, si un adulte vous dit qu'il a un QI de 160, vous pouez en déduire... qu'il aime probablement bien les maths. Et c'est tout.

Les EIP, ou la vie rêvée des surdoués.

Parlons maintenant d'un concept qui me hérisse les poils des bras rien que de taper ce mot : les soit-disant "surdoués". En pratique, on parle d'ailleurs d'EIP, ou Enfant Intellectuellement Précoce. Notez d'ailleurs que le premier mot est à nouveau "Enfant".

Un EIP, si on arrête notre définition aux mathématiques pures, est un enfant qui a un QI supérieur à la moyenne. Suivant les sources, on diagnostiquera un EIP à partir d'un QI de 120, 125 ou 130. Notez au passage que d'après Wikipédia, les enfants avec un QI situé entre 130 et 170 (limite haute du test QI) représentent 2% de la population environ. Soit deux enfants sur cent ; dans une école "classique" de 500 élèves, ça en fait une dizaine.

D'un point de vue plus "psychologique", un EIP peut être défini par certains traits qui sont particulièrements forts chez lui. Si on devait synthétiser rapidement les symptômes des EIP, on pourrait noter :

  • Une immense curiosité, principalement scientifique, et parfois abstraite (la mort, l'origine des choses, etc...). Cette curiosité se manifeste généralement par un goût immense pour la lecture (pour donner un ordre d'idée, la cadence hebdomadaire d'un EIP qui n'a pas d'autres obligations peut monter sans trop de problèmes à une trentaines de livres).
  • Un sens aigu de la logique et un besoin d'analyser le "fonctionnement" des choses. Cela induit aussi un besoin profond de justice et d'égalité, parce qu'il serait illogique qu'il y ai une injustice, même si il y a une raison sous-jacente.
  • Des difficultés scolaires, aussi étrange que cela puisse paraitre au premier abord : en effet, le système scolaire est conçu pour s'adapter au mieux à la moyenne des enfants. Qu'un enfant sorte du cadre vers le haut ou vers le bas, il sera toujours hors cadre
  • De très grosses difficultés à s'intégrer avec les autres. Ce point est assez facile à comprendre quand on le regarde après l'avoir vécu, et s'explique globalement par un fait simple : les EIP ont un raisonnement équivalent à celui que tiendrais un enfant plus agé. Ils ont par ailleurs (voir l'article de wikipédia pour des détails biologiques) une façon de penser différente, plus tournée vers la logique et l'apprentissage (la connaissance pure) et beaucoup moins vers les activités "sociales". Il n'y a dans cette phrase aucun jugement de valeur : on ne peux pas dire que le jaune soit meilleur que le bleu, ce sont juste deux couleurs. Ici, c'est pareil : ce sont deux schémas de pensée différents, sans que l'un soit meilleur que l'autre. Mais bien entendu, cette différence implique des difficultés à communiquer avec les autres : les goûts des EIP, au primaire et particulièrement au collège, sont complètement différents des goûts de leurs camarades, et leurs sujets de conversation ou leur manière d'être les différencient encore plus. Difficile dans ces conditions de nouer des rapports amicaux.
  • Une forte différence entre l'age émotionnel et l'age mental. Du fait de leurs difficultés à lier connaissance et à se faire des amis, mais aussi par leur tempérament, les EIP sont naturellements plus enfantins, plus fragiles aussi émotionnellement, que les autres enfants. C'est comme une sorte de miroir de leur avance "logique" : émotionnellement parlant, ils sont plusieurs années en retard.

Il existe beaucoup d'autres symptômes, je vous invite si le sujet vous intéresse à lire l'article de wikipédia en lien plus haut, il en montre même certains qui sont très vrais mais parfois durs à déceler. Bien sûr, toutes les personnes ayant ces symptômes ne sont pas des EIP ; mais la plupart des EIP ont ces symptômes.

Il existe une autre dimension à ces problèmes, la dimension humaine. Dans mon prochain billet, j'aborderais ce sujet, en tentant de décrire autant que mes souvenirs me le permettent mes sentiments et mes ressentis lors de mon enfance, et la façon dont cela influe sur ma vie actuelle.

mardi, mai 26 2009

Dégainons nos pistolets !

Il parait qu'un blog n'est vivant qu'à partir du moment où son propriétaire y écrit tous les jours... J'ai peur d'être un mauvais bloggeur dans ce cas :) Mais essayons quand même. Et pour me rattraper, je vous propose aujourd'hui une petite analyse d'une vidéo assez instructive sur la façon dont les jeux vidéos et l'internet sont perçus par les médias dominants. Je n'ai pas la date de publication de la vidéo, apparement ce serait vers la mi-mai / fin mai, je vous laisse admirer :

Donc, allons-y gaiment. D'abord, remettons les choses en place : je n'accuse pas les journalistes de ne pas connaitre le jeu vidéo. C'est leur droit et c'est normal de ne pas tout connaitre. Non, ce dont je les accusent c'est d'avoir volontairement manipulé les images et les actions des gens afin de faire croire certaines choses aux personnes qui visionneraient cette vidéo. Allons-y pour un décryptage.

Je passe sur la phrase d'accroche, elle n'est pas en entier. Le "oui on peut dire que je suis accro" est probablement une phrase d'accroche, je le leur laisse aussi. Entrons maintenant dans le vif du sujet.

00:12 : On commence très fort. 70% des enfants jouent aux jeux vidéos ? Pourquoi pas, des sources seraient interessantes mais admettons. En revanche, ayant travaillé dans le milieu scolaire (y compris avec des enfants qui jouent à des jeux vidéos très addictifs comme World Of Warcraft), j'affirme que je n'ai vu aucun d'entre eux y jouer "jusqu'à la boulimie". Alors soit j'ai eu beaucoup de chance (Mon école avait environ 300 enfants, j'imagine donc que les 700 autres enfants des alentours sont boulimiques aux jeux vidéos ?) soit cette phrase est fausse. Je pense pour la seconde hypotèse.

00:18 : Le sujet de conflit numéro 1... A nouveau, j'aimerais des chiffres. Parce que à nouveau j'ai vu beaucoup de conflits dans les familles des enfants que je gardaient, mais à l'exception d'un cas (un enfant, une fois, avait joué avec un de ses copains qu'il avait invité au lieu de faire ses devoirs) aucun ne concernait le jeu vidéo.

00:41 : Je passerais sur cette vague caricature de journaliste. Je retiendrais mes commentaires méchants envers ceux qui ont pu s'abaisser autant dans la désinformation. Alors, disons-le directement : messieurs les journalistes, cette vidéo est un faux. Une blague. Un montage. Bref, rien de tout ce que vous montrez ou de ce qui en découle n'est réel. Elle a effectivement fait le tour d'internet, mais en la mettant en tant que "preuve", c'est comme avancer une photo de souche d'arbre pour prouver l'existence du monstre du Loch Ness : une mystification. Pas de chances, mais vous vous êtes faits avoir.

02:02 : Donc, en gros, on vous explique que jouer à l'ordinateur, pendant ses vacances, est dangereux... J'aurais tendance à dire qu'on peut trouver pire. Quand à l'explication, juste avant, parlant de l'enfant privé de clavier : lorsque j'étais enfant, mes parents m'ont privé de livres (en m'interdisant de lire des livres au collège ou à la maison hors certaines plages horaires), parce que je lisais trop. Est-ce que le livre est une drogue à laquelle il faut faire attention ?

02:20 : 472 heures en six mois. C'est une bonne moyenne, effectivement ; 78 heures par mois. J'aimerais tout de même plus d'informations : combien pendant les vacances scolaires ? Combien les week-ends ? Tous ces moments qui sont des moments de loisirs ? D'une manière générale, en quoi cela empiète sur sa vie "hors des jeux", c'est à dire ses résultats en cours, etc. ? Car ne l'oublions pas : les jeux vidéos restent, quoi qu'en disent certains parents, un loisir. Un loisir qui ne plait peut-être pas à tout le monde (c'est votre droit le plus strict), mais en quoi cela vous donne-t-il le droit d'imposer vos gouts à d'autres ? Tant que cela reste un loisir, il n'y a pas danger et vous n'avez pas votre mot à dire sur les gouts des autres. Pour rappel, un cyber-café est en général ouvert 16 heures par jours (10h-2h), et encore les jours de "nocturnes" uniquement pour certains (donc celui-ci visiblement). Donc si il viens sur la journée, il lui reste 3 heures hors de cette journée là, soit presque rien (surtout si il n'a pas d'ordinateur personnel chez lui)...

02:27 : 4818 heures pour un des clients. Notons d'abord qu'il n'y en a visiblement qu'un seul. Et ensuite, et surtout, faisons un peu de mathématiques : 4818 heures en six mois, ça représente un peu plus de 26 heures... par jour. J'aimerais savoir comment ils ont fait (deux heures de plus m'arrangerait également). Bref, un exemple type de chiffre tiré de son contexte et sans signification, vu qu'il n'y a pas de periode de référence. Je ne nie pas le fait que cela représente un temps de jeu bien trop grand, attention ! Simplement que c'est un chiffre à vide qui n'a pas d'autre but que d'effrayer.

02:49 : "Oui, on peut dire que je suis accro". C'est la phrase clef d'une bonne partie du reportage. Ma foi, c'est possible : certaines personnes sont effectivement accros aux jeux vidéo. Néanmoins, j'aimerais préciser une chose : si la dépendance aux jeux existe, c'est une maladie très rare et elle doit être diagnostiquée par un médecin et pas par un ado occupé en plein pvp ! Cela dit, comme c'est dit, tout peut être une drogue. Mais remettons au mot drogue sa définition : le jeu vidéo ne devient "drogue" que dans de très rares cas et à priori, cet ado n'en fait (à mes yeux de non spécialiste, attention ! Je ne suis pas plus spécialiste que lui !) pas partie. Ma source (qui sera ma source également à d'autres moments) : Internet sans craintes, le site représentant de la France au projet Européen Safer Internet Plus, précisément dédié à ce genre de troubles.

03:24 : "Aucun rapport ne prouve que le jeu rend dépendant, mais une étude récente montre que X milles français seraient accros" : Donc, aucune étude prouve qu'il y a danger mais une étude prouve qu'il y a danger ?

03:30 : C'est un petit peu mesquin, mais... Le rayon filmé au début est le bon (jeux en réseau, entre parenthèse tout au fond de la boutique), par contre le rayon suivant sur lequel la caméra passe lentement n'est pas un rayon dédié aux jeux de rôles en réseau.

03:50 : Les jeux en réseau, le produit le plus vendu ? Regardez le rayon derrière le vendeur : le seul MMO présent est WoTLK, l'extention de World of Warcraft (quatrième ligne, à gauche). Tous les autres sont des jeux solos, et le premier reste les Sims. Ce reportage serait-il basé sur un mauvais calcul ? Ou un mensonge (involontaire ?)...

04:12 : Rien à dire sur ce cas... Sauf une chose. Apparemment, il explique qu'il jouait sur une console. Alors pourquoi cette diabolisation des MMORPG juste avant, sachant qu'ils ne se jouent presque que sur pc ? Pour être exact, la xbox (sa console, d'après la manette qu'il a à un moment) ne propose qu'un seul et unique MMORPG (Final Fantasy XI), et celui-ci est très très loin dans la liste des jeux les plus joués... même si il est clair qu'il a des joueurs, je ne le nie pas.

04:25 : Ah si, là quand même. 20h par jour de jeux... Ca laisse 4 heures pour manger / dormir (je zappe l'hygiène, c'est souvent secondaire). Je connais un bon paquet de no-lifes, Peut-être pas à son point certes... Mais quand ils passent 20 heures à jouer, ils dorment plus que 4 heures pas nuit ensuite. Mais bon, pourquoi pas.

04:43 : Et voici ce qui m'a interpelé le plus dans ce reportage, et qu'on retrouve de façon quasi-systématique lorsqu'on parle (ou entends parler) du jeu vidéo. "Cette violence est omni-présente dans les jeux les plus populaires". Alors là, c'est juste un cliché. D'abord, le jeu le plus populaire de la planète à l'heure actuelle, ce sont les incomparables Sims, et bien que leur but devienne bien souvent "comment tuer mes sims", ce n'est clairement pas un jeu violent. Et pour étayer un peu ceci, prenons donc quelques classements :

Classement des meilleures ventes d'Amazon dans le domaine du jeu vidéo (mis à jour chaque heure, classement à l'heure où j'écris ces lignes)

  1. Premier actuellement, Pokémon version Platine. Un jeu où les combats entre humains n'existent pas, remplacés par des batailles entre des petits monstres mignons qui peuvent être soignés en passant dix secondes sur une table. Lesquels combats sont des jets d'œufs ou des coup de langue. Une violence insoutenable.
  2. Second, UFC undisputed. Un jeu de combat très violent, rien à dire. Sauf peut-être qu'il est classé selon le classement PEGI "16 ans et plus", et que donc si un enfant se mettait à y jouer ce serait lié à une volonté des parents. A partir de là, comment peuvent-ils se plaindre de la violence des jeux ?
  3. Troisième, Les sims. J'ai déjà dit ce que j'en pensais : personne de serieux ne peux oser dire que les sims sont un jeu violent.

On trouve ensuite une autre version d'UFC undisputed, une figurine de pokémon, une autre version des sims... et pèle-mèle, un jeu de sports, un jeu d'énigmes, un jeu de course... Et effectivement un autre jeu de combat (très violent également). Bref, sur les 10 premiers articles du classement, trois sont violents, sept non-violents... Omni-présence contestable. Et ajoutons à cela que aucun n'est "en ligne" et ne rentre donc dans la description donnée par le début du reportage.

Classement des meilleurs ventes de la FNAC

  1. Premier, Les sims 3. Pré-commande (donc le jeu n'est même pas sorti !) et déjà premier, ça dit bien ce qu'il en est de la popularité des jeux non-violents...
  2. Second, Pokémon version platine.
  3. Troisième, Mario Kart (là non plus, les courses de voiture, niveau violence...)
  4. Quatrième, Professeur Layton et l'Etrange Village, un jeu d'énigmes dans un univers de bande dessinée
  5. Cinquième, Worms : L'odyssée Spatiale. Un jeu de guerre ultra-violent impliquant des combats entre des... vers de terre. Franchement, qui de sérieux pourrait trouver ça violent ?

Pour info, dans ce classement, le premier jeu "violent" (au sens des jeux montrés dans les images du reportage) est Dark Sector, interdit aux moins de 18 ans et 26ieme au classement.

Bref... La popularité de la violente des jeux est une légende urbaine et clairement se retrouve faussée par la réalité et les chiffres. Des chiffres que des journalistes agissant avec professionnalisme aurait pris le temps de vérifier, mais visiblement la désinformation est plus intéressante aux yeux des auteurs de ce reportage.

05:01 : Regardez bien la chambre de l'adolescent. Il parle de jeux violents et en serait fan... et en fait, sur les quatres posters présent dans sa chambre, deux sont sur le personnage de mario, qui est généralement comique et pas violent (à moins que sauter sur des champignons ne soit violent...).

05:52 : "Aujourd'hui il ne joue plus ... mais la situation est encore très tendue avec sa mère". Je ne poserais qu'une question : si il ne joue plus mais que les conflits persistent, est-ce que ce ne serait pas le signe que les conflits sont liés à autre chose que le jeu ?

06:56 : Encore une remarque qui me choque un peu... "Nous on se réveillais la nuit avec le bruit on pouvait plus dormir, c'était infernal". Ce n'est là qu'une opinion personnelle mais... Si la seule nuisance dans le jeu vidéo, c'était le bruit, il n'y aurait pas de problèmes. Ah, et... Il a une oreillette portable, comme ils pouvaient se reveiller ?

07:09 : Une phrase est coupée ici, sa justification à lui. Dommage, ça aurait été intéressant.

07:18 : On revient ici aux jeux en réseau. Notez qu'il jouait sur console : les MMORPGS y sont présents certes - il en existe, comme je l'ai dit, un et un seul, d'après le site http://www.live360.fr. J'imagine que c'est donc celui auquel il jouait. Sur un peu plus de 120 jeux disponibles sur fnac.com, c'est tout de même léger de faire une montagne d'une souris

09:57 : "Un refuge, un peu ? Ouais." Notez bien cette phrase. On la retrouve également dans le descriptif du projet "Internet sans Craintes" sous une autre forme. Le jeux vidéo lorsqu'il devient addiction est un refuge, une fuite de la réalité. Lorsqu'on fuit un lion dans le désert, on ne met pas un piège pour faire trébucher le fuyard, on endors le lion. Là, c'est l'inverse : on veux forcer l'adolescent à retourner face aux problèmes tout en refusant de reconnaitre qu'il y a problème, en affirmant que le seul problème est le jeu vidéo. Je ne connais pas cet ado ni ses parents, mais à mon avis, si ils veulent régler leurs problèmes de familles, le jeu n'est pas la cible à viser (même si il a pu en causer d'autres bien sûr).

10:21 : "Ca nous est arrivé une fois". Une seule et unique fois il a fallu aller jusqu'à une hospitalisation courte pour aider à décrocher du jeu vidéo. Et sur cette unique fois, on nous fait un montagne de risque...

10:29 : Notez ce qu'il dit : le jeu vidéo n'est pas le problème, c'est le contrôle de la durée de jeu qui est le problème. Là je suis parfaitement d'accord avec lui.

11:10 : Rien à dire, c'est un film créé pour apprendre les choses aux enfants, et il me semble bien fait pour ma part.

12:47 : Là, c'est nettement mieux. Je suis peut-être partial dans mon commentaire... Mais la conclusion me semble beaucoup plus neutre que le reste du reportage - pour donner une impression de neutralité au reste ?

Et ma propre conclusion... Le jeu vidéo est un loisir, un divertissement. Comme tous les loisirs, certains en abusent, d'autres au contraire en vivent (oui, il existe des joueurs professionnels de jeux vidéos). Mais contrairement aux autres loisirs, les jeux vidéos sont diabolisés, ils provoqueraient l'addiction, la folie, la violence... Dans la réalité, statistiquement c'est faux. Les jeux vidéos sont majoritairement peu violents (particulièrement ceux qui se vendent bien), même si les exemples violents "choquent" et donc se retiennent bien. Les jeux violents sont toujours indiqués par un label PEGI (qui est généralement très strict), leur utilisation par des enfants (à l'age de 12 ou 13 ans comme montré dans le reportage) est donc en théorie impossible, sauf avec la complicité des parents. Le phénomène des no-lifes est rare, et ce n'est pas lié aux jeux-vidéos, mais à d'autres problèmes. Si vous voulez réglez les problèmes, faites-le vraiment : cela implique de vous régler aussi les problèmes qui font des enfants de no-lifes et les poussent à se réfugier dans le jeu. Arrêtons de diaboliser le jeu vidéo, ça ne sert à rien si ce n'est à engendrer plus de conflits. Et enfin une chose : le jeu vidéo est un loisir. Même si beaucoup de parents n'aiment pas ce loisir, il est vain et contre-productif de vouloir l'interdire : ça ne fait pas de mal de jouer à un jeu tant qu'on sait s'arrêter et qu'on le voit comme un loisir. Imaginez la situation inverse : vous êtes chez vous, tranquille, vous avez fait ce que vous aviez à faire, viens le moment de vous reposer. Vous sortez ce livre génial que vous lisez et où vous êtes à un moment palpitant... et là, on viens vous voir et on vous prends le livre en vous disant "non, c'est mauvais pour la santé, va faire du sport". Franchement, comment réagiriez-vous ?

mercredi, mai 13 2009

La Cour de Récréation

Madame Rachida Dati, qui est notre actuelle garde des Sceaux, a passé une licence de droit publique : elle est donc nécessairement une habituée de la Cour.

Mais là, c'est la cour de récréation dont il s'agit. Comme une enfant de primaire dit des méchancetés sur celle qui "n'est plus sa copine" (citation de Manon, huit ans, élève dans une école où j'ai eu la joie d'être animateur), madame la Ministre a décidé de dire des méchancetés sur celle qui l'a critiquée. Après tout, c'est pas elle qui a commencé, n'est-ce pas ?

Mais lorsque les méchancetés passent par le site officiel du ministère de la justice, cela devient presque risible tant la réaction est enfantine.

Cela se passe http://www.presse.justice.gouv.fr/index.php?rubrique=11363&article=17230 et http://www.presse.justice.gouv.fr/index.php?rubrique=11363&article=17231.

Lettre ouverte à Monsieur le Député Jean-Pierre GORGES

Monsieur Jean-Pierre GORGES est le député de la première circonscription d'Eure-et-Loir. Membre de l'UMP, il a donc logiquement voté pour la loi Création et Internet, adoptée hier à l'Assemblée Nationale. Mais il a ensuite publié sur son site une vidéo intéressante, que je vous invite à voir : (Vidéo reprise de Numérama)

Cette vidéo nous amène à un constat clair : quelles que soient ses idées ou ses convictions, un député ne peux pas être libre de son vote. J'ai donc décidé de lui envoyer la lettre suivante, copiée ici ainsi que sur Numérama. Dans l'espoir d'obtenir une réponse, un éclaircissement - et peut-être aussi d'être rassuré sur notre Démocratie.

Monsieur le Député Jean-Pierre GORGES,

Je me permet de vous contacter, bien que je ne fasse pas partie de votre circonscription. J'ai écouté avec attention la vidéo que vous avez publié sur ce site, et où vous parlez de la loi Création et Internet.

Monsieur le Député, vous en parlez bien et vous soulignez quelques-uns des points importants contre cette loi. Je ne reviendrais pas sur les autres qui ont été débattus à l'Assemblée, car je sais que vous les connaissez aussi bien si ce n'est mieux que moi.

En tant que professionnel du web, puisque je suis développeur dans une agence spécialisé dans la conception de sites internet, je suis inquiet à propos de cette loi, et je l'ai été de plus en plus au fil des débats : certains de mes clients sont des maisons de disque indépendantes, et j'ai déjà reçu de leur part des demandes de renseignement sur comment obtenir un "label" étatique pour avoir le droit de vendre de la musique ; et au-delà de ça, certains de mes clients - et moi-même ! - s'inquiètent de la défiance importante envers l'internet et toute forme de sites "officiels" que la loi risque d'engendrer. Et au-delà de cela, en tant que citoyen, je m'inquiète aussi pour mes droits et pour la protection de ceux-ci, et particulièrement mon droit à être jugé, défendu par un avocat et présumé innocent - et ce même si à titre personnel je ne télécharge jamais de musique : la musique libre (trouvée sur Jamendo par exemple, et qui est tout à fait légale puisque donnée volontairement par ses auteurs) est une alternative parfaitement viable et économiquement rentable, les artistes en vivent.

Monsieur le Député, toutes ces raisons - et bien d'autres - faisaient que j'avais une certaine forme d'espoir, hier, lors du vote. Une forme de confiance dans la Démocratie, avec un D majuscule ; une forme de confiance dans le fait que si l'assemblée était composée de tant de députés, c'était pour que même si certains se trompaient ou ne voyaient pas le danger ou l'incohérence d'une loi, la majorité d'entre eux sauraient rattraper cela.

Pour être parfaitement honnête, je n'avais qu'un espoir minime, en voyant la parodie qu'a été la seconde lecture de la loi. Néanmoins, je gardais en moi cette idée qu'un Député, là aussi avec un D majuscule, était élu pour voter pour ses idées, pour donner son avis et au final son vote à ce qui l'avait convaincu le plus ; bref, que les débats qui animent l'assemblée nationale avaient un sens, et que le vote de chacun des votre était l'expression de sa liberté.

Et voici que vous me décrivez le vote à l'UMP comme quelque chose de contraint, comme une obligation, et ce quelles que soient vos idées propres. Comment croire encore, dans ces conditions, à cette fameuse Démocratie ? Où est la sagesse de nos députés, où est leur libre arbitre, en bref où est VOTRE liberté dans ce vote ? Monsieur le Député, ce que vous indiquez là nous montre une face bien sombre de notre gouvernement : un ordre venu d'en haut vaut obligation pour chacun d'entre vous, quelles que soient vos pensées. Le pouvoir exécutif est-il donc maitre absolu du pouvoir législatif ?

Je pense qu'il est inutile, Monsieur le Député, de vous rappeler en détails ce qui rends la séparation des pouvoirs si vitale. Vous le savez, si vous votez sur ordre d'un seul, et que ce seul commande déjà à l'exécutif, alors ce seul possède tous les pouvoirs sur notre pays. Je me permet néanmoins de vous citer l'article 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen : Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution.

Monsieur le Député, avons-nous une constitution ? Ou vous et ceux qui sont dans votre groupe ont-ils, pour garder leur adhésion à l'UMP peut-être, ou leur pouvoir politique, ou je ne sais quel autre privilège, totalement abandonné la séparation des pouvoirs, et par le même coup condamné la Démocratie en France ?

Votre vidéo me fait penser que la seconde hypothèse est la bonne. J'espère, de tout mon cœur, que vous saurez m'indiquer que non.

Monsieur le Député, cette lettre sera reprise, dans son intégralité, sur mon site web, http://www.ames-troubles.com , ainsi que sur le site web Numérama, http://www.numerama.com , dans les commentaires de la vidéo vous concernant. Vous êtes libres d'y répondre via e-mail ou l'un de ces sites - merci de m'indiquer si vous m'autorisez à publier votre réponse sur ces sites, si vous le faites par mail.

Yann PIQUET

http://www.ames-troubles.com

Si vous souhaitez vous associer à cette lettre, visiteurs de ce blog, n'hésitez pas à le faire en commentaire : cela donnera plus de poids à ce message.

mardi, mai 12 2009

Etymologie des insultes

Avant-propos : pour ceux qui s'attendent à un billet sur la loi Création et Internet, un petit peu de patience, ça arrive. Bientôt.

Ça fait bien longtemps que j'ai envie de faire un petit point sur les insultes ; une récente discussion avec une amie (bonjour Jude !) m'y amène. Car vous ne le savez peut-être pas, mais bien souvent les insultes qu'on entends autour de nous et qui blessent nos chastes oreilles (si si, elles sont chastes) ne sont pas... si insultantes. Alors voici pour vous un petit listing des insultes courantes... et de leur origines. Et ce dans l'ordre dans lequel elle me viennent à l'esprit.

Con : A l'origine, le con désigne, de façon argotique, le sexe féminin et plus particulièrement le clitoris. A priori donc aucune relation avec l'intelligence... notez au passage que "conne" n'a donc aucun sens, puisqu'un clitoris féminin, en soit, ne veux rien dire (pas beaucoup plus qu'un clitoris masculin, certes : il faudrait m'expliquer pourquoi on dit UN clitoris et UN vagin, mais UNE érection ?)

Imbécile : Cela provient de l'ancien français "bacillum" et, traduit littéralement, imbécile signifie "Sans béquille" ou "Sans bâton". Littéralement, un imbécile est donc quelqu'un qui n'attends pas l'opinion des autres pour se forger la sienne et qui préfère apprendre de ses propres expériences plutôt que de suivre la masse. Je serais plutôt fier de l'être.

Idiot : De la même racine que "idiome", qui désigne une forme particulière d'une langue, l'idiot désigne une personne particulière, différente des autres. Si la différence suffit à faire la bêtise...

Stupide : Du latin stupidus, stupide veux dire "étonné, frappé de stupeur". En d'autres termes, quelqu'un qui est stupide est quelqu'un qui est souvent étonné ; étymologiquement, c'est juste le contraire de blasé.

PD ou Pédé : Cette insulte là est beaucoup plus grave que ce qu'on en fait actuellement. En effet, si elle désigne maintenant de manière vulgaire la communauté homosexuelle, à l'origine il s'agit de la contraction de "Pédéraste", qui est le véritable terme pour désigner les pédophiles (la pédophilie, étymologiquement, étant l'amour au sens positif des enfants, au même titre qu'un philatéliste par exemple aime les timbres - sans qu'il n'ai particulièrement envie de coucher avec pour autant). Pensez-y avant de traiter votre meilleur ami de pédé pour plaisanter...

Bouffon : Le bouffon était à l'origine le fou du roi, ou de tout autre seigneur : il était chargé de l'amuser, mais aussi et surtout le seul à avoir le droit à une totale liberté d'expression et à avoir la possibilité de critiquer son seigneur. En cela il lui permettait d'avoir un regard extérieur critique, et donc (parfois...) de réfléchir à ses actes.

Débile : La débilité, à l'origine, était une faiblesse de constitution. Par exemple, un enfant débile était un enfant chétif, maigre et faible. Cela n'avait rien à voir avec un caractère mental...

Pignouf : Si actuellement ce terme désigne un individu mal-poli et mal éduqué, il s'agit à l'origine simplement du mot d'argot (l'argot étant à l'origine une langue) pour désigner les cordonniers.

Goujat : A l'origine, un goujat était un valet de second ordre des grands seigneurs et autres chevaliers, chargé entre autres de récupérer les armes tombées sur le champ de bataille.

Coquin : Le coquin, dans son sens premier, est tout simplement un mendiant :)

Bachi-bouzouk : Pour terminer sur une note amusante, l'insulte favorite (ou presque) du capitaine Haddock désigne en fait un des membres de l'ancienne armée turc :)

mardi, mai 5 2009

Frayeur tardive

Je rentrais hier soir chez moi, après un excellent diner (normal, c'est ma mère qui l'avait cuisiné). Et je prenais donc le métro, fatigué après une longue journée, sans vraiment faire attention à ce qui m'entourais, plongé dans mes pensées.

Pour rentrer chez moi, je dois prendre le métro sur deux lignes différentes, et donc à deux station différentes : d'abord au Palais de Justice, et ensuite à Esquirol. J'arrivais donc à la seconde des deux stations.

Mes réflexes étaient presque automatiques. Descendre un escalator, passer ma carte sur la borne, pousser le tourniquet. Noter la présence d'un tube à essais par terre, sur le point de se faire casser par le tapis roulant. Descendre sur l'escalator, regarder machinalement de la marche où je suis si le métro est là, en me demandant si c'est bien cette direction. Me dire que j'aurais du noter quelque chose. Voir distraitement la personne chargé du nettoyage.

Un tube à essai. Ça, c'est pas normal. Dans un métro, le tube a essai n'a pas de raison d'être. Dans un laboratoire, oui, ok, je vois l'utilité du truc. Dans une cache terroriste, aussi. J'avoue d'ailleurs - matraquage médiatique, quand tu nous tiens... - que c'est la première chose qui m'est venue à l'esprit : et si des terroriste tentaient d'attaquer le métro ? Une arme bactériologique, ou chimique ?

Je suis remonté en haut de l'escalator. Pas de doutes : c'était bien un tube à essai, assez grand, fermé par un bouchon (de liège apparement), lequel était scellé par un autocollant jaune. Sur la partie posée sur le sol, une étiquette, jaune également. Impossible à lire bien sûr sans tourner le tube. Il avait été repoussé sur le bord par l'escalator, et resté là, à coté du large plastique servant de rampe.

Bien sûr, pas de vigile en vue. Un coup d'œil de chaque coté : rien. Personne, pas un seul des blousons bleu foncé charger de nous mettre des amandes - et d'assurer, parait-il, notre sécurité. Je sors du métro : toujours personne, pas même à l'étage. Dois-je appuyer sur l'appel d'urgence ? Mais ce n'est peut-être qu'un vulgaire déchet...

Finalement, une idée me vient : la personne chargée du nettoyage. Elle, elle saura peut-être où trouver un vigile. Enfin, lui, pour être exacte : un africain d'une quarantaine d'année, qui semble passablement surpris que je lui adresse la parole. J'imagine que d'habitude, les gens doivent plus chercher à l'éviter... Je me demande un instant pourquoi un tel rejet à l'égard du personnel d'entretien, mais ce n'est pas le moment. Je lui explique rapidement ce que j'ai vu. D'abord incrédule, il accepte finalement de me suivre.

Je le vois pâlir légèrement lorsqu'il voit le tube. De sa poche, il sort un paquet de sacs poubelles et ramasse délicatement le tube, puis disparait dans une des portes menant aux coulisses du métro - et, je le sais, au pc sécurité. J'attends quelques minutes, il ne ré-apparait pas, je m'en vais.

Je ne saurais probablement jamais ce que contenait le tube à essai jaune. Mais il m'aura flanqué une belle frousse.

mercredi, avril 22 2009

L'argent-temps

Je repensais aux propos remarquables que j'ai tenus ici-même il y a quelques temps, et j'ai cherché à aller un peu plus loin dans ma réflexion et dans mon questionnement ; et par ce biais, j'en suis venu à un point : qu'est-ce que l'argent ?

Au final, c'est autour de cette question que tournent toutes les polémiques parlant du salaire des chefs d'entreprises, de nos dirigeants ou de toute autre personnes ; c'est aussi de cette question que s'articulent une bonne partie de nos lois. Qu'est-ce que l'argent ? Que représente-t-il ? Si j'ai une pièce d'un euro dans la main, est-ce que je suis en mesure de faire beaucoup de choses, ou rien ?

La réponse qu'on aurait bien sûr immédiatement tendance à choisir est "rien". Et pourtant, si nous devions lister toutes les choses possibles avec un euro... Prendre un café (parfois), acheter des bonbons, une viennoiserie, jouer à pile ou face, faire plaisir à un mendiant dans la rue, acheter le journal, faire des jeux de lumière sur les murs... Bref, beaucoup de choses. Et en même temps très peu.

Cet euro représente environ 1/1000eme de mon salaire. En d'autres termes, en travaillant un mois, je gagne 1000 euros ; sachant que je travaille (en gros) 35 heures par semaines et qu'il y a (en gros) 4 semaines par mois, soit 140 heures environ par mois ; un euro représente donc entre 8 et 9 minutes de mon temps de travail. Parallèlement, un chef d'entreprise gagne, dans une grosse entreprise, 135 800 euros par mois. Un euro représente donc à peine plus de 3 secondes de son temps à lui. Partant de là, quelle est la vraie valeur d'un euro ? Huit minutes ? Trois secondes ?

L'argent, dans sa conception, n'a qu'un seul but à mes yeux : unifier le prix de toutes les choses qui peuvent s'acheter et se vendre. Au lieu d'échanger un poulet contre deux pains, on échange un poulet contre deux pièces et un pain contre une pièce. Il y a donc derrière cette idée une valeur "unitaire" : il reste dans la logique du troc qui l'a précédé, et toute chose garde sa valeur propre ; le rapport entre un poulet et un pain est toujours le même. Remontons un peu en arrière : comment déterminer si un objet vaux une, deux, trois, milles pièces ? Qu'est-ce qui fait la valeur intrinsèque d'un objet ? Reprenons notre pain : il coute le prix de la farine, du beurre, de l'eau, de l'électricité pour le four ; en plus de ça, il coute aussi ce que l'état prends en impôts ; et enfin, il coute aussi du temps à notre boulanger. La farine coute du blé et du temps pour la moudre ; le blé coute du temps pour le faire pousser et le récolter. Au final, chaque chose peut être ramenée à un rapport de temps : le temps qu'il faut pour faire pousser le blé, le temps qu'il faut pour faire de ce blé de la farine, le temps qu'il faut pour faire le pain et le vendre.

Si nous additionnons tous ces temps, nous pourrions trouver un prix. Un prix en temps : voila, ce pain a couté exactement 8,5 minutes à produire, tout mis bout à bout (n'oubliez pas qu'on produit plusieurs pains en même temps, et idem pour le blé et la farine ! Il faut donc diviser !) ; et par conséquent, pour l'acheter, cela vous coutera 8,5 minutes. En articulant ainsi notre monnaie, en la formulant ainsi, nous pouvons trouver facilement la valeur de chaque chose ; bien sûr, il faudrait pondérer ce temps par le temps mis pour apprendre à faire chaque chose : ainsi, les huit ans qu'il faut pour étudier la médecine devraient être ajoutés aux factures des médecins ; l'experience ajoutée aux salaires, logiquement, puisque c'est du temps en plus ; et ainsi de suite.

La monnaie redeviendrais alors réellement unifiée ; et dans le même temps, il y aurait une vraie récompense au fait de travailler plus (le crédit-temps gagné serait d'autant plus grand), et l'argent aurait un vrai sens qui serait insensible aux fluctuations de la bourse !

Bien sûr, ce n'est qu'une idée sommaire... Mais elle me semble amusante. Non ?

mercredi, avril 15 2009

Les joies des box

Ma neuf box est là ! Joie, joie ! Ou presque. Je vous laisse découvrir...

Neuf box... ou presque.

En fait j'ai acheté un switch... C'est plus pratique.

mardi, avril 14 2009

Retour de l'internet

Enfin, aujourd'hui est LE jour béni où, si tout se passe bien, mon internet reviens (internet reviens, internet reviens, internet reviens parmis les siens...).

Donc pour illustrer ça, je me suis essayé au dessin, et voici donc le résultat.

Retour sur le net !

A bientôt à tous donc pour de nouvelles aventures internetifiées !

jeudi, avril 9 2009

Rejet de la loi HADOPI par l'Assemblée Nationale

Aujourd'hui viens de se produire un évènement ayant très peu de précédents dans l'histoire de la cinquième république : la loi Création et Internet, dite loi HADOPI, a été rejetée par l'assemblée nationale. En préambule de ce billet, je souhaiterais donc dire un grand bravo aux députés qui ont lutté pour arriver à ce résultat admirable, mais aussi aux associations et magazines comme Numérama, la Quadrature du net, PCInpact ou encore l'alliance citoyenne numérique grâce à qui l'information a pu être faite autour de ce projet de loi.

Maintenant, j'aimerais revenir rapidement sur la suite des évènements. Que se passera-t-il à présent ? Les choix sont restreints pour le gouvernement.

  • La première solution, la meilleure du point de vue des internautes, mais aussi la plus improbable, serait que le gouvernement abandonne le texte. Cela règlerais le problème, mais bien évidemment, vu le soutien du président à ce texte, cela semble très mal engagé.
  • La seconde solution, qui sera probablement celle retenue, implique que le gouvernement utilise l'article 45 de la constitution pour demander à ce que le texte revienne en lecture auprès des deux assemblées. Dans ce cas, à nouveau deux possibilités :
  1. Soit le texte tel que voté par l'assemblé avant la CMP est voté par le Sénat : cela implique entre autres que les internautes ne payeront plus leur internet si ils voient leur accès coupé. Dans ce cas, il suffit que le Sénat vote le texte : il sera alors adopté directement.
  2. Soit le gouvernement propose un nouveau texte : il devra alors être accepté par le Sénant, puis l'Assemblée. Si l'une des deux chambres n'accepte pas le texte, c'est l'Assemblée qui aura le dernier mot.

Dans le second cas, le vote par l'assemblée impliquerait un vote où tous les députés seraient présents (ce qui changerait singulièrement des derniers votes, fait respectivement en présence de 16 et 36 députés sur les 577 (!) que compte l'Assemblée et qui sont dédommagés de leur absence sur nos impôts). Et c'est précisément ce vote que le gouvernement a voulu éviter en utilisant la procédure rapide (article 45 de la constitution à nouveau) : en effet, la loi Création et Internet rencontre une forte opposition dans tous les camps, y compris l'ump. Même si il est probable que le texte soit adopté, cela semble plus aléatoire que cela a pu l'être précédemment.

Une fois le texte adopté, il reste encore plusieurs écueils à passer pour la loi. Le premier sera le conseil constitutionnel, l'opposition et même la majorité (par la voix du Nouveau Centre) ayant relevé plusieurs points probablement contraire à notre constitution et au droit européen. Reste à savoir si le conseil, qui bien que de droite pour une partie n'est pas précisément sarkozyste, choisira de désigner la loi comme inapplicable (ce qui la laissera présente) ou inconstitutionnelle (ce qui l'annulerait).

Si la loi passe le conseil constitutionnel, il restera encore un obstacle. En effet, le parlement européen s'est déjà prononcé à plusieurs reprises contre ce projet de loi, en votant des amendements qui font de l'internet un droit fondamental. Si d'une façon définitive un texte contenant un de ces amendements venait à être voté (ce qui est probable au vu des votes précédents, mais les élections européennes approchant, rien n'est gagné), la France devrait alors s'aligner au droit européen, ce qui impliquerait la suppression du texte. C'est autour de cette proposition que s'articule en particulier l'idée de présentation aux élections européennes de l'alliance citoyenne numérique.

Ce n'est donc qu'une première victoire, et le bras de fer autour de ce texte décrié continue ; particulièrement autour de l'idée de la licence globale, qui revient de plus en plus depuis son soutien par le président de la Sacem. Malheureusement, le gouvernement reste bloqué sur sa position. Les armes sont prêtes des deux cotés, et cette bataille a été remportée par la liberté et l'internet.

mercredi, avril 1 2009

Ovh et ses noms de domaine

Revenons quelques instants à mon sujet favori : l'informatique. Laquelle informatique était d'ailleurs un peu en berne depuis le début de ce blog et ses billets sur le framework. OVH propose maintenant (depuis minuit en fait) les noms de domaines en .ovh : en d'autres termes, maintenant il est possible d'obtenir un domaine nommé monnom.ovh

Ce service est gratuit (hébergement compris) lorsqu'il est hébergé chez OVH, et payant (1 euro par an, ça reste raisonnable) si il est hébergé ailleurs. C'est en soit une première bonne nouvelle ; mais je me permet de citer une petite partie du mail envoyé par OVH sur sa mailing-liste, à propos de ces noms :

Étant donné les importants couts de démarrage liés à la procédure Icann (100'000$), et des coûts de fonctionnement de serveurs root DNS (les serveurs root doivent être hébergés sur tous 5 les continents) nous n'espérons jamais être rentable sur ce projet. C'est notre activité principale (l'hébergement) qui financera ce projet qui nous tenait tant à coeur. En effet, on estime que le droit à au moins 1 nom de domaine gratuit par personne physique ou morale devrait être discuté et inscrit au niveau de l'ONU dans la charte de droit de l'homme. Le droit à l'identité numérique est aussi important que le droit de l'égalité entre les sexes ! Ovh estime que chaque individu dans le monde doit donc pouvoir enregistrer au moins 1 nom de domaine gratuitement à vie et exister sur la toile ! Alors pourquoi pas en .ovh ?

Les deux phrases mises en exergue (par moi, soit dit en passant) me tiennent particulièrement à coeur. Je ne doute pas qu'un avocat, passant sur ce blog (même si cela m'étonnerait ^^) saurait expliquer que les termes employés sont impropres, mais l'idée me plait bien. Après tout, actuellement, l'internet est une partie de plus en plus importante de la vie de tous. Le parlement européen l'a d'ailleurs reconnu comme un droit fondamental, et ne pas avoir accès à internet prive de beaucoup de ce que notre société a à offrir. Mais OVH va plus loin que ce droit à accéder à internet : eux indiquent que nous devrions tous avoir le droit d'exister sur internet. Avoir tous une identité numérique, une présence personnelle fixe.

Car actuellement, sur internet, qu'y a-t-il ? Des sites. Des gens qui participent à ces sites. Des gens qui créent ces sites. En d'autres termes, nous avons une sorte de séparation, par exemple sur les blogs, entre les bloggeurs d'un coté, qui rédigent les articles, et leurs commentateurs de l'autre, qui y participent, font également vivre le blog mais en restant "extérieurs" à celui-ci. Si tous, nous avions des sites, nous pourrions trouver d'autres manières de communiquer, une autre façon de voir l'internet : au lieu d'être un ensemble de lieux séparés par des liens, nous pourrions imaginer un espace d'échange immense, un super-blog ou plus généralement une sorte de ville immense, comme une seconde life mais sans son caractère commercial...

Il y a là je pense une idée à développer. Une idée qui peut mener à quelque chose de superbe ; je pense que cela mérite d'être réfléchi.

Mise à jour : cette annonce était un poisson d'avril de la part d'ovh ; mais cela n'enlève rien à ma reflexion, à mon humble avis.

dimanche, mars 29 2009

Parachutes dorés

Bien, après tout, puisque j'ai créé cette catégorie, il faut bien commencer à l'utiliser, et également pour des textes qui sont de moi, n'est-ce pas ? Donc un petit mot sur un sujet qui reviens souvent dans l'actualité en ce moment : les parachutes dorés. Rappelons d'abord, pour ceux de mes trois lecteurs [1] qui vivraient dans une grotte depuis plusieurs mois le principe de base de notre société.

Lorsque quelqu'un ne remplit plus correctement ses fonctions, diverses sanctions peuvent être prises par son entreprises. La plus grave de toutes, bien sûr, c'est le licenciement : dans le cas d'un simple GDBSP[2] ou d'un RDTLM[3], c'est généralement un "allez directement à l'ANPE[4]. Ne passez pas par la case départ, ne touchez pas 20.000 euros.

Dans le cas d'un patron de grande entreprise, par contre, c'est un peu plus compliqué. En effet, ils ont droit à des indemnités de licenciement[5]. Et ces indemnités se chiffrent en millions d'euros (le dernier en date étant de 3.2 millions d'euro, à moins qu'un autre se soit rajouté depuis ?).

Bref. Je n'irais pas plus loin dans la question de savoir si oui ou non, les politiques peuvent légiférer sur ce point, d'autres[6] l'ont déjà fait, et avec plus de talent que je n'en aurais jamais (et plus de connaissance, aussi, de la chose politique). En revanche, je me permet une rapide réflexion sur ce que m'inspire ce fait. Et pour commencer, les chiffres.

Je ne suis même pas sûr de concevoir réellement ce que représentent ces chiffres. Je veux dire... Je touche, à la louche, 1000 euros par mois. 3.2 million d'euros, ça représente 3 200 mois de mon salaire... Près de 267 ans. Même en travaillant toute ma vie, je ne pourrais jamais gagner ce que lui a gagné en l'espace d'un vote de son conseil de direction. Et même ! Une personne avec de "bons revenus", disons 3 000 euros, par exemple, soit tout de même le triple du salaire d'un smicard, devrais travailler 89 ans pour gagner cette somme. 89 ans. Plus que la durée de vie moyenne en France. Je ne suis même pas capable de concevoir un chiffre aussi grand.

Je n'ai même aucune idée de ce à quoi peut bien servir une telle somme. L'impression que j'en ai est presque qu'elle ne peut servir qu'à faire envie, à montrer aux autres que la fortune de cet homme est colossale. Faites le calcul : en mettant dans un compte épargne à 3% une telle somme, les intérêts à eux seuls s'élèvent à 8000 euros. De quoi embaucher quatre personnes au smic en comptant les charges[7]. Avec une indemnité de licenciement, c'est à dire avec l'argent qui lui a été donné parce qu'il ne faisait pas son travail de façon convenable, cet homme vient de gagner de quoi vivre avec huit fois mon train de vie actuel, sans jamais toucher à son capital de départ.

Je ne me demande pas si une loi pourrait ou non être votée : cela me semble même sans objet dans ce cadre. Non, ce que je me demande, c'est comment une personne seule peut posséder autant d'argent. Peut le gagner aussi simplement - juste en étant viré.

Cela m'amène ensuite à une autre réflexion : quelle est la vraie valeur de l'argent ? Je m'exprime autrement : lorsque je fais une heure de travail, je suis payé une certaine somme (8.71 euros, si mes souvenirs sont exacts, mais je n'ai pas de feuilles de paye sous la main). Cette heure que me paye l'entreprise, je la passe à travailler : je fait de mon mieux pour satisfaire les désirs de nos clients, résoudre les problèmes qu'ils rencontrent, créer un site qui corresponde exactement à leurs attentes, bref, je travail.

Ce patron gagne donc, si 3.26 millions d'euro correspondent à son salaire de deux ans, 135 800 euros environ chaque mois. Mettons qu'il soit à 50 heures (c'est surement quelqu'un qui travaille beaucoup, non ?) ça fait environ 670 euros par heure. Deux heures de son temps à lui correspondent à un mois de mon temps à moi[8]. Alors, que fait-il de tellement mieux que moi pendant son travail pour gagner environ 77 fois plus que moi par heure ?

Parce que mine de rien, je ne suis pas le seul à être au smic. Que certains travaux requièrent des études plus longues, soient plus pénibles ou autres que le mien, je le comprends parfaitement. J'accepte qu'un avocat, un chercheur, un enseignant, bref, toutes ces personnes qui ont fait des études longues pour arriver à un poste assez ingrat soient payés plus que moi. Je l'accepterais pareillement, d'ailleurs, d'un chef d'entreprise... Mais 77 fois plus ? Avec son seul salaire, on fait tourner une PME.

Que fait-il ? A quoi correspond cet argent ? Et d'une manière plus générale, que signifie cet euro que j'utilise pour payer la boulangère ? Est-ce qu'il représente le travail de sept minutes (à moi) ? Est-ce qu'il représente le travail de 5 secondes environ (soit le sien) ? Est-ce qu'il représente le temps mis par ma boulangère pour faire ce pain[9] ?

On me dit que cela représente une quantité d'or, placée dans la banque de France[10]. Soit. Alors à quoi correspond cet or ? Quelle est sa valeur ? Je ne peux pas le manger, je ne peux pas bloguer avec, je ne peux même pas m'en faire une casserole (l'or, ça fond). On me dit que cela permet de fixer un étalon commun à tout le monde. Quel est cet étalon ? Que signifie cette "communauté" lorsque des disparités telles apparaissent ? Lorsqu'un même symbole à une valeur 77 fois plus grande pour l'un que pour l'autre ?

Je pense que cette question est la plus importante. Lorsqu'on aura répondu à cette question, lorsqu'on saura exactement ce qu'est l'argent, à quoi rime ces euros dont la signification change de l'un à l'autre, Actuellement, ce sont juste des chiffres vident de sens.

Je terminerais tout ceci par un petit poème[11] trouvé il y a longtemps dans un livre :

Si tu veux connaitre la valeur d'une année, demande à celui qui va la passer loin de celle qu'il aime
Si tu veux connaitre la valeur d'une journée, demande à l'étudiant qui révise ses examens
Si tu veux connaitre la valeur d'une minute, demande à l'homme qui vient de rater son train
Si tu veux connaitre la valeur d'une seconde, demande au boulanger qui cuit son pain.

A quoi riment donc tous ces temps ?[12]

Notes

[1] Oui, d'après mes statistiques de blog, j'ai en moyenne trois lecteurs par jour depuis quelques semaines. Mais une question me taraude : suis-je ou non pris en compte dans ces statistiques ? Sachant que j'ai deux IP (maison + boulot)...

[2] Grouilleux De Base Sous-Payé

[3] Responsable De Toutes Les Merdes

[4] (ou au pôle emploi, maintenant, il parait)

[5] Aux mauvaises langues qui me répondraient "comme nous", je répondrais que si je fait couler ma boite parce que je me met soudain à coder comme un pied, je doute fort que mon patron m'offre deux ans de salaire pour me virer

[6] Ici, par exemple

[7] Environ : je n'ai aucune idée de combien peuvent être exactement ces charges, mon patron ayant des déductions pour mon contrat.

[8] Je sais, les heures supplémentaires des cadres ne sont pas comptées. C'est pour ça que j'ai mis 50 heures.

[9] Et si douée soit-elle, je doute fortement qu'elle ne mette que cinq secondes à faire un pain

[10] Ce n'est d'ailleurs pas vrai, si je me souviens bien, seul le dollars est indexé sur l'or, mais admettons.

[11] Après tout, que serait ce blog sans ses poèmes douteux ?

[12] Et au passage, voici que je me met à adopter les tics et les tacs de maitre Mô en mettant des notes de bas de page partout !

jeudi, mars 26 2009

Voyage imaginaire

Permettez-moi, chers lecteurs (Rassurez-moi : il y a bien des lecteurs sur ce blog ?), de vous proposer un petit voyage imaginaire. Un voyage dans ma ville, dans ce que j’en vois, dans ce que j’en vis au jour le jour.

Notre voyage commence à ce bureau où je rédige l’article. Il est 13h, c’est la pause déjeuner, mes collègues sont en train de manger. Je les entends parler de l’autre coté de mes deux écrans - je mange presque toujours devant mon ordinateur. L’un d’entre eux raconte les problèmes qu’il rencontre dans son couple. Tous partagent un verre de rouge (du Fronton, en l’occurence). Les filles présentes le conseil, lui disent comment essayer de résoudre les conflits. Le four à micro-onde vibre : un plat est en cours de préparation. Nous n’avons qu’une heure pour manger, donc nous sommes tous adeptes des plats à réchauffer au micro-onde (même si les miens sont préparés à la main la veille). Je sens l’odeur du saumon, l’une des filles doit être au régime.

Descendons un peu. Notre voisin direct est un cimetière. Il y a eu un enterrement ce matin, et la famille de celui qui a été enterré est encore là. Je ne sais pas qui c’était, je ne le saurais jamais. Un enfant ? Un adulte ? Peut-être une personne agée, il y en a beaucoup dans le secteur. Je travail au milieu d’un des “bas-quartier”, comme je l’ai entendu dire, de la ville. Je ne sais pas si il est vraiment bas ou haut ; en tous cas, disons que c’est un des quartiers sensibles de la ville. La population est en grande partie maghrébine, ou agée, et les logements ici sont des HLM. Laissons cette famille endeuillée à sa peine et sortons dans la rue ; de l’autre coté de celle-ci, il y a une école.

Les enfants cris de joie. Je sais que ce soir, certains d’entre eux seront juste à coté, sur l’espace de place en terre, à jouer au foot. Ils ont un ballon et font les zidanes… C’est amusant et attendrissant des les voir ainsi, juste s’amuser, se faire des passes. J’imagine que certains ne seraient pas d’accord, voyant en eux de la graine de racaille qui traine dans les rues. Moi je les voit comme des enfants qui s’amusent, et qui me regardent passer avec de grands yeux, moi qui ne suis pas du quartier, et qui ai visiblement un peu d’argent. Plus en tous cas que beaucoup de leurs voisins, même si je ne suis pas payé grand chose. Parfois un ballon passe à coté de moi, sortant de leur terrain improvisé ; je l’attrape, le leur lance maladroitement. Ils rient un peu de ma maladresse, et je ri aussi de me dire que si les gens qui affirment que tous les étrangers sont des voyous dangereux voyaient cette petite scène, ces quelques gosses qui jouent, ils penseraient surement autrement.

Continuons notre voyage en suivant mon trajet habituel ; le parcours vers le métro nous fait passer devant la poste, où il y a toujours un groupe de femmes, jamais les mêmes, qui discutent en arabe, enroulées dans leurs voiles. Nous arrivons ensuite devant un kebab où je vais parfois chercher à manger. Les propriétaires me saluent, et me demandent de mes nouvelles ; je suis un habitué, même si je ne suis pas du quartier. Je laisse toujours un petit pourboire, et ils l’ont noté ; quelques centimes, mais c’est l’intention qui compte, n’est-ce pas ? Alors on discute, quelques minutes, ils m’offrent un thé, puis je repart. De l’autre coté de la rue, une boulangerie, où je vais parfois acheter des gateaux - les leurs sont excellents. Tous ces gens sont les acteurs d’un quartier vivant, où malgré tous les préjugés, je n’ai jamais peur de me balader, même lorsqu’il fait nuit, et où tout le monde a un sourire aux lèvres.

Prenons un métro imaginaire : nous voici maintenant en centre-ville. Le sourire a laissé la place à un air sérieux et pressé ; nous ne sommes pas à Paris, mais le centre-ville doit mériter son nom. Des gens en costard passent à toutes vitesse, sans un coup d’œil pour les SDF et les punks qui sont assis par terre. Ici - comme surement ailleurs -, la reine de la rue, c’est l’héroïne, particulièrement chez les punks. Deux d’entre ont sont justement en train de chanter une chanson qu’ils écoutent - je ne la connais pas, mais visiblement les paroles les amusent, ils dansent entre eux. Leurs chiens sont autour, s’aboyant les uns sur les autres. L’un passe une bière à sa voisine. C’est un autre monde que celui que je fréquente d’habitude, mais c’est un monde que je connais - de l’extérieur. Saluons de la main les quelques habitués du coin. Même si les costards qui marchent d’un pas pressé autour d’eux le nient régulièrement, ils sont humains aussi, ils vivent, pensent, aiment, se disputent. Bien sûr, leur vie et leur vision du monde est altérée par la drogue. C’est leur premier réflexe, chaque matin. Mais certains s’en sortent, parfois. Certains se trouvent un appartement, se sortent de la rue, achètent un ordinateur, internet, ré-apprennent une autre vie - et pour reprendre les mots d’une amie, lorsqu’on a internet, on est plus vraiment dans la rue, n’est-ce pas ?

Laissons les punks à leur vie et baladons-nous dans les boutiques de la ville. Le sourire est à nouveau masqué, comme si il était une insulte à l’interlocuteur. Dans les restaurants - rapides, bien sûr : les deux mamelles de l’Amérique ont pignon sur rue ici - et dans les magasins, l’accueil est poli mais froid. Sourions-leur, parlons-leur, commençons simplement par un bonjour : alors le sourire reviens, un sourire qui ensoleille la pièce qui les entour, tandis qu’ils répondent, même pendant quelques secondes, d’un mot, d’un geste, et qu’ils se détendent imperceptiblement ; non, ce client ne sera pas le client pénible, oui, j’ai le droit de me laisser un peu aller et de décompresser durant cette dure journée.

Tous ces gens, les jeunes des quartiers, les SDF des squares, les hommes d’affaires pressés dans leur costard gris, les commerçants et les étudiants qui gagne leurs études, tous sont au final membres d’un même groupe, un groupe qui vit, rit, pleure au fil des jours et des nuits où ses sentiments changent comme un immense vibrato. Tous sont de ma ville, et tous y apporte quelque chose. Bienvenue dans ma ville, bienvenue dans Toulouse.

lundi, mars 23 2009

Sans mots pour le dire

Je voulais faire un texte sur ce point. Sur ce texte que j’ai lu, ce récit de la vie d’une autre. J’avais commencé à l’imaginer, à en composer les parties.

Et puis non. Je ne met que le lien. Si quelqu’un viens parfois me lire, qu’il ou elle lise aussi cela. J’avoue être en larmes à la fin du texte.

http://maitremo.fr/2008/12/02/broyee/#more-538

lundi, mars 16 2009

Dernière branche

Comme on glisse d’une falaise vers un profond précipice
Et on crois se tenir un instant à une branche fragile
Je sens mon espoir d’un jour voir ma vie se faire joie
Disparaitre comme un le soleil avant les longs mois d’hivers.
Ce que j’avais, je le brise, en tentant de me débattre
Pour échapper au vagues de tristesse qui me submerge
Je perds mes forces et mon souffle dans cet océan de solitude
Tandis que mes larmes s’achève, brulées par mon chagrin.
Je renonce à toi, bonheur dont je rêvais
Je renonce à Toi, fille qui m’aurait aimé
La joie et les rires me sont semble-t-il interdits
Je vais vivre sans eux en attendant la mort
Subissant chaque jour comme un horrible effort

mercredi, mars 11 2009

Amis à sens unique

Qu’est-ce que c’est qu’un ami pour vous ? C’est une question qu’on retrouve souvent. On peut même parfois la poser lorsqu’on discute avec quelqu’un sur un chat - ça vous est jamais arrivé ? Une petite question, qui semble simple, et qui pourtant est pleine de sens cachés.

Wikipedia nous fournit, pour le mot Amitié, une définition assez vaste : “L’amitié est une inclination réciproque entre deux personnes (ou plus) n’appartenant pas à la même famille.” C’est vrai que les relations au sein d’une même famille, même très bonnes, ne sont pas les mêmes que l’amitié.

Parfois, et même souvent, je me demande ce que c’est pour moi qu’un ami. Je suis souvent l’ami intime, pour reprendre le titre d’une chanson de grégoire. Donc je suis la personne qui est là quand ça ne va pas, quand rien ne va plus et qu’on fond en larmes, et qui est prêt à passer la nuit à écouter même quand il bosse le lendemain, qui sera toujours prêt à faire un cadeau, un geste pour aider l’autre.

Mais souvent, je me demande pourquoi ce n’est pas dans les deux sens… Les moments où moi je suis mal, pourquoi ne puis-je pas parler et demander un peu d’attention, un peu d’écoute de mes amis ? Pourquoi toujours dans ces moments-là faut-il passer aux dernières histoires de leurs mecs, à ce qu’elles ont vu, à leurs animaux de compagnie… Bref, à tout sauf à moi ?

Je n’ai jamais attendu quoi que ce soit en retour de ce que je fais. Je ne compte pas le temps que je passe à écouter en me disant “après elle m’en devra tant”. Mais pourquoi est-ce que ce temps doit être absolument à 0 ? Peut-être simplement parce que je suis celui vers qui elles se tournent quand elles ne vont pas bien, et que quand ça va bien, elle s’en vont vers d’autres amis plus joyeux, qui ne sont pas là pour les consoler lorsque leur amour du jour s’est fait la malle…

Alors, que dire, ou que faire ? Cesser d’écouter et les laisser tomber malgrès leur mal-être ? Bien sûr que non… Parce que ce sont des personnes que l’on estime, que l’on voudrait heureuses, et qui ne cherchent pas à nous ignorer ainsi, mais le font naturellement. Parce que nous avons l’habitude, cette habitude de prendre sur nous et de ne plus rien attendre, et de s’effacer face aux autres…

Y a-t-il vraiment une solution ? Nous ne pouvons pas nous changer. Nous ne pouvons pas les changer. Peut-être d’ailleurs avons-nous nous aussi des amis à sens uniques, des gens que nous ne souhaitons voir et à qui nous ne souhaitons parler que quand ça va mal, qui savent nous remonter le moral, puis que nous ignorons… Je ne crois pas. Je ne me souviens pas de gens qui me remonte le moral, ou qui sache m’écouter… Parfois quelques temps, une semaine ou deux, mais c’est rare, si rare… Et trop vite leur tendance naturelle reprends le dessus.

Vous qui me lirez, regardez autour de vous. Repensez à vos amis. Recherchez ceux que vous trouvez déprimants, tristes, ennuyeux… Quand allez-vous les voir ? Pourquoi ? Peut-être sont-ils ennuyeux uniquement parce que vous ne les recherches que lorsque vous vous ennuyez…

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