Ames Troubles

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mardi, mai 26 2009

Dégainons nos pistolets !

Il parait qu'un blog n'est vivant qu'à partir du moment où son propriétaire y écrit tous les jours... J'ai peur d'être un mauvais bloggeur dans ce cas :) Mais essayons quand même. Et pour me rattraper, je vous propose aujourd'hui une petite analyse d'une vidéo assez instructive sur la façon dont les jeux vidéos et l'internet sont perçus par les médias dominants. Je n'ai pas la date de publication de la vidéo, apparement ce serait vers la mi-mai / fin mai, je vous laisse admirer :

Donc, allons-y gaiment. D'abord, remettons les choses en place : je n'accuse pas les journalistes de ne pas connaitre le jeu vidéo. C'est leur droit et c'est normal de ne pas tout connaitre. Non, ce dont je les accusent c'est d'avoir volontairement manipulé les images et les actions des gens afin de faire croire certaines choses aux personnes qui visionneraient cette vidéo. Allons-y pour un décryptage.

Je passe sur la phrase d'accroche, elle n'est pas en entier. Le "oui on peut dire que je suis accro" est probablement une phrase d'accroche, je le leur laisse aussi. Entrons maintenant dans le vif du sujet.

00:12 : On commence très fort. 70% des enfants jouent aux jeux vidéos ? Pourquoi pas, des sources seraient interessantes mais admettons. En revanche, ayant travaillé dans le milieu scolaire (y compris avec des enfants qui jouent à des jeux vidéos très addictifs comme World Of Warcraft), j'affirme que je n'ai vu aucun d'entre eux y jouer "jusqu'à la boulimie". Alors soit j'ai eu beaucoup de chance (Mon école avait environ 300 enfants, j'imagine donc que les 700 autres enfants des alentours sont boulimiques aux jeux vidéos ?) soit cette phrase est fausse. Je pense pour la seconde hypotèse.

00:18 : Le sujet de conflit numéro 1... A nouveau, j'aimerais des chiffres. Parce que à nouveau j'ai vu beaucoup de conflits dans les familles des enfants que je gardaient, mais à l'exception d'un cas (un enfant, une fois, avait joué avec un de ses copains qu'il avait invité au lieu de faire ses devoirs) aucun ne concernait le jeu vidéo.

00:41 : Je passerais sur cette vague caricature de journaliste. Je retiendrais mes commentaires méchants envers ceux qui ont pu s'abaisser autant dans la désinformation. Alors, disons-le directement : messieurs les journalistes, cette vidéo est un faux. Une blague. Un montage. Bref, rien de tout ce que vous montrez ou de ce qui en découle n'est réel. Elle a effectivement fait le tour d'internet, mais en la mettant en tant que "preuve", c'est comme avancer une photo de souche d'arbre pour prouver l'existence du monstre du Loch Ness : une mystification. Pas de chances, mais vous vous êtes faits avoir.

02:02 : Donc, en gros, on vous explique que jouer à l'ordinateur, pendant ses vacances, est dangereux... J'aurais tendance à dire qu'on peut trouver pire. Quand à l'explication, juste avant, parlant de l'enfant privé de clavier : lorsque j'étais enfant, mes parents m'ont privé de livres (en m'interdisant de lire des livres au collège ou à la maison hors certaines plages horaires), parce que je lisais trop. Est-ce que le livre est une drogue à laquelle il faut faire attention ?

02:20 : 472 heures en six mois. C'est une bonne moyenne, effectivement ; 78 heures par mois. J'aimerais tout de même plus d'informations : combien pendant les vacances scolaires ? Combien les week-ends ? Tous ces moments qui sont des moments de loisirs ? D'une manière générale, en quoi cela empiète sur sa vie "hors des jeux", c'est à dire ses résultats en cours, etc. ? Car ne l'oublions pas : les jeux vidéos restent, quoi qu'en disent certains parents, un loisir. Un loisir qui ne plait peut-être pas à tout le monde (c'est votre droit le plus strict), mais en quoi cela vous donne-t-il le droit d'imposer vos gouts à d'autres ? Tant que cela reste un loisir, il n'y a pas danger et vous n'avez pas votre mot à dire sur les gouts des autres. Pour rappel, un cyber-café est en général ouvert 16 heures par jours (10h-2h), et encore les jours de "nocturnes" uniquement pour certains (donc celui-ci visiblement). Donc si il viens sur la journée, il lui reste 3 heures hors de cette journée là, soit presque rien (surtout si il n'a pas d'ordinateur personnel chez lui)...

02:27 : 4818 heures pour un des clients. Notons d'abord qu'il n'y en a visiblement qu'un seul. Et ensuite, et surtout, faisons un peu de mathématiques : 4818 heures en six mois, ça représente un peu plus de 26 heures... par jour. J'aimerais savoir comment ils ont fait (deux heures de plus m'arrangerait également). Bref, un exemple type de chiffre tiré de son contexte et sans signification, vu qu'il n'y a pas de periode de référence. Je ne nie pas le fait que cela représente un temps de jeu bien trop grand, attention ! Simplement que c'est un chiffre à vide qui n'a pas d'autre but que d'effrayer.

02:49 : "Oui, on peut dire que je suis accro". C'est la phrase clef d'une bonne partie du reportage. Ma foi, c'est possible : certaines personnes sont effectivement accros aux jeux vidéo. Néanmoins, j'aimerais préciser une chose : si la dépendance aux jeux existe, c'est une maladie très rare et elle doit être diagnostiquée par un médecin et pas par un ado occupé en plein pvp ! Cela dit, comme c'est dit, tout peut être une drogue. Mais remettons au mot drogue sa définition : le jeu vidéo ne devient "drogue" que dans de très rares cas et à priori, cet ado n'en fait (à mes yeux de non spécialiste, attention ! Je ne suis pas plus spécialiste que lui !) pas partie. Ma source (qui sera ma source également à d'autres moments) : Internet sans craintes, le site représentant de la France au projet Européen Safer Internet Plus, précisément dédié à ce genre de troubles.

03:24 : "Aucun rapport ne prouve que le jeu rend dépendant, mais une étude récente montre que X milles français seraient accros" : Donc, aucune étude prouve qu'il y a danger mais une étude prouve qu'il y a danger ?

03:30 : C'est un petit peu mesquin, mais... Le rayon filmé au début est le bon (jeux en réseau, entre parenthèse tout au fond de la boutique), par contre le rayon suivant sur lequel la caméra passe lentement n'est pas un rayon dédié aux jeux de rôles en réseau.

03:50 : Les jeux en réseau, le produit le plus vendu ? Regardez le rayon derrière le vendeur : le seul MMO présent est WoTLK, l'extention de World of Warcraft (quatrième ligne, à gauche). Tous les autres sont des jeux solos, et le premier reste les Sims. Ce reportage serait-il basé sur un mauvais calcul ? Ou un mensonge (involontaire ?)...

04:12 : Rien à dire sur ce cas... Sauf une chose. Apparemment, il explique qu'il jouait sur une console. Alors pourquoi cette diabolisation des MMORPG juste avant, sachant qu'ils ne se jouent presque que sur pc ? Pour être exact, la xbox (sa console, d'après la manette qu'il a à un moment) ne propose qu'un seul et unique MMORPG (Final Fantasy XI), et celui-ci est très très loin dans la liste des jeux les plus joués... même si il est clair qu'il a des joueurs, je ne le nie pas.

04:25 : Ah si, là quand même. 20h par jour de jeux... Ca laisse 4 heures pour manger / dormir (je zappe l'hygiène, c'est souvent secondaire). Je connais un bon paquet de no-lifes, Peut-être pas à son point certes... Mais quand ils passent 20 heures à jouer, ils dorment plus que 4 heures pas nuit ensuite. Mais bon, pourquoi pas.

04:43 : Et voici ce qui m'a interpelé le plus dans ce reportage, et qu'on retrouve de façon quasi-systématique lorsqu'on parle (ou entends parler) du jeu vidéo. "Cette violence est omni-présente dans les jeux les plus populaires". Alors là, c'est juste un cliché. D'abord, le jeu le plus populaire de la planète à l'heure actuelle, ce sont les incomparables Sims, et bien que leur but devienne bien souvent "comment tuer mes sims", ce n'est clairement pas un jeu violent. Et pour étayer un peu ceci, prenons donc quelques classements :

Classement des meilleures ventes d'Amazon dans le domaine du jeu vidéo (mis à jour chaque heure, classement à l'heure où j'écris ces lignes)

  1. Premier actuellement, Pokémon version Platine. Un jeu où les combats entre humains n'existent pas, remplacés par des batailles entre des petits monstres mignons qui peuvent être soignés en passant dix secondes sur une table. Lesquels combats sont des jets d'œufs ou des coup de langue. Une violence insoutenable.
  2. Second, UFC undisputed. Un jeu de combat très violent, rien à dire. Sauf peut-être qu'il est classé selon le classement PEGI "16 ans et plus", et que donc si un enfant se mettait à y jouer ce serait lié à une volonté des parents. A partir de là, comment peuvent-ils se plaindre de la violence des jeux ?
  3. Troisième, Les sims. J'ai déjà dit ce que j'en pensais : personne de serieux ne peux oser dire que les sims sont un jeu violent.

On trouve ensuite une autre version d'UFC undisputed, une figurine de pokémon, une autre version des sims... et pèle-mèle, un jeu de sports, un jeu d'énigmes, un jeu de course... Et effectivement un autre jeu de combat (très violent également). Bref, sur les 10 premiers articles du classement, trois sont violents, sept non-violents... Omni-présence contestable. Et ajoutons à cela que aucun n'est "en ligne" et ne rentre donc dans la description donnée par le début du reportage.

Classement des meilleurs ventes de la FNAC

  1. Premier, Les sims 3. Pré-commande (donc le jeu n'est même pas sorti !) et déjà premier, ça dit bien ce qu'il en est de la popularité des jeux non-violents...
  2. Second, Pokémon version platine.
  3. Troisième, Mario Kart (là non plus, les courses de voiture, niveau violence...)
  4. Quatrième, Professeur Layton et l'Etrange Village, un jeu d'énigmes dans un univers de bande dessinée
  5. Cinquième, Worms : L'odyssée Spatiale. Un jeu de guerre ultra-violent impliquant des combats entre des... vers de terre. Franchement, qui de sérieux pourrait trouver ça violent ?

Pour info, dans ce classement, le premier jeu "violent" (au sens des jeux montrés dans les images du reportage) est Dark Sector, interdit aux moins de 18 ans et 26ieme au classement.

Bref... La popularité de la violente des jeux est une légende urbaine et clairement se retrouve faussée par la réalité et les chiffres. Des chiffres que des journalistes agissant avec professionnalisme aurait pris le temps de vérifier, mais visiblement la désinformation est plus intéressante aux yeux des auteurs de ce reportage.

05:01 : Regardez bien la chambre de l'adolescent. Il parle de jeux violents et en serait fan... et en fait, sur les quatres posters présent dans sa chambre, deux sont sur le personnage de mario, qui est généralement comique et pas violent (à moins que sauter sur des champignons ne soit violent...).

05:52 : "Aujourd'hui il ne joue plus ... mais la situation est encore très tendue avec sa mère". Je ne poserais qu'une question : si il ne joue plus mais que les conflits persistent, est-ce que ce ne serait pas le signe que les conflits sont liés à autre chose que le jeu ?

06:56 : Encore une remarque qui me choque un peu... "Nous on se réveillais la nuit avec le bruit on pouvait plus dormir, c'était infernal". Ce n'est là qu'une opinion personnelle mais... Si la seule nuisance dans le jeu vidéo, c'était le bruit, il n'y aurait pas de problèmes. Ah, et... Il a une oreillette portable, comme ils pouvaient se reveiller ?

07:09 : Une phrase est coupée ici, sa justification à lui. Dommage, ça aurait été intéressant.

07:18 : On revient ici aux jeux en réseau. Notez qu'il jouait sur console : les MMORPGS y sont présents certes - il en existe, comme je l'ai dit, un et un seul, d'après le site http://www.live360.fr. J'imagine que c'est donc celui auquel il jouait. Sur un peu plus de 120 jeux disponibles sur fnac.com, c'est tout de même léger de faire une montagne d'une souris

09:57 : "Un refuge, un peu ? Ouais." Notez bien cette phrase. On la retrouve également dans le descriptif du projet "Internet sans Craintes" sous une autre forme. Le jeux vidéo lorsqu'il devient addiction est un refuge, une fuite de la réalité. Lorsqu'on fuit un lion dans le désert, on ne met pas un piège pour faire trébucher le fuyard, on endors le lion. Là, c'est l'inverse : on veux forcer l'adolescent à retourner face aux problèmes tout en refusant de reconnaitre qu'il y a problème, en affirmant que le seul problème est le jeu vidéo. Je ne connais pas cet ado ni ses parents, mais à mon avis, si ils veulent régler leurs problèmes de familles, le jeu n'est pas la cible à viser (même si il a pu en causer d'autres bien sûr).

10:21 : "Ca nous est arrivé une fois". Une seule et unique fois il a fallu aller jusqu'à une hospitalisation courte pour aider à décrocher du jeu vidéo. Et sur cette unique fois, on nous fait un montagne de risque...

10:29 : Notez ce qu'il dit : le jeu vidéo n'est pas le problème, c'est le contrôle de la durée de jeu qui est le problème. Là je suis parfaitement d'accord avec lui.

11:10 : Rien à dire, c'est un film créé pour apprendre les choses aux enfants, et il me semble bien fait pour ma part.

12:47 : Là, c'est nettement mieux. Je suis peut-être partial dans mon commentaire... Mais la conclusion me semble beaucoup plus neutre que le reste du reportage - pour donner une impression de neutralité au reste ?

Et ma propre conclusion... Le jeu vidéo est un loisir, un divertissement. Comme tous les loisirs, certains en abusent, d'autres au contraire en vivent (oui, il existe des joueurs professionnels de jeux vidéos). Mais contrairement aux autres loisirs, les jeux vidéos sont diabolisés, ils provoqueraient l'addiction, la folie, la violence... Dans la réalité, statistiquement c'est faux. Les jeux vidéos sont majoritairement peu violents (particulièrement ceux qui se vendent bien), même si les exemples violents "choquent" et donc se retiennent bien. Les jeux violents sont toujours indiqués par un label PEGI (qui est généralement très strict), leur utilisation par des enfants (à l'age de 12 ou 13 ans comme montré dans le reportage) est donc en théorie impossible, sauf avec la complicité des parents. Le phénomène des no-lifes est rare, et ce n'est pas lié aux jeux-vidéos, mais à d'autres problèmes. Si vous voulez réglez les problèmes, faites-le vraiment : cela implique de vous régler aussi les problèmes qui font des enfants de no-lifes et les poussent à se réfugier dans le jeu. Arrêtons de diaboliser le jeu vidéo, ça ne sert à rien si ce n'est à engendrer plus de conflits. Et enfin une chose : le jeu vidéo est un loisir. Même si beaucoup de parents n'aiment pas ce loisir, il est vain et contre-productif de vouloir l'interdire : ça ne fait pas de mal de jouer à un jeu tant qu'on sait s'arrêter et qu'on le voit comme un loisir. Imaginez la situation inverse : vous êtes chez vous, tranquille, vous avez fait ce que vous aviez à faire, viens le moment de vous reposer. Vous sortez ce livre génial que vous lisez et où vous êtes à un moment palpitant... et là, on viens vous voir et on vous prends le livre en vous disant "non, c'est mauvais pour la santé, va faire du sport". Franchement, comment réagiriez-vous ?

mercredi, avril 1 2009

Ovh et ses noms de domaine

Revenons quelques instants à mon sujet favori : l'informatique. Laquelle informatique était d'ailleurs un peu en berne depuis le début de ce blog et ses billets sur le framework. OVH propose maintenant (depuis minuit en fait) les noms de domaines en .ovh : en d'autres termes, maintenant il est possible d'obtenir un domaine nommé monnom.ovh

Ce service est gratuit (hébergement compris) lorsqu'il est hébergé chez OVH, et payant (1 euro par an, ça reste raisonnable) si il est hébergé ailleurs. C'est en soit une première bonne nouvelle ; mais je me permet de citer une petite partie du mail envoyé par OVH sur sa mailing-liste, à propos de ces noms :

Étant donné les importants couts de démarrage liés à la procédure Icann (100'000$), et des coûts de fonctionnement de serveurs root DNS (les serveurs root doivent être hébergés sur tous 5 les continents) nous n'espérons jamais être rentable sur ce projet. C'est notre activité principale (l'hébergement) qui financera ce projet qui nous tenait tant à coeur. En effet, on estime que le droit à au moins 1 nom de domaine gratuit par personne physique ou morale devrait être discuté et inscrit au niveau de l'ONU dans la charte de droit de l'homme. Le droit à l'identité numérique est aussi important que le droit de l'égalité entre les sexes ! Ovh estime que chaque individu dans le monde doit donc pouvoir enregistrer au moins 1 nom de domaine gratuitement à vie et exister sur la toile ! Alors pourquoi pas en .ovh ?

Les deux phrases mises en exergue (par moi, soit dit en passant) me tiennent particulièrement à coeur. Je ne doute pas qu'un avocat, passant sur ce blog (même si cela m'étonnerait ^^) saurait expliquer que les termes employés sont impropres, mais l'idée me plait bien. Après tout, actuellement, l'internet est une partie de plus en plus importante de la vie de tous. Le parlement européen l'a d'ailleurs reconnu comme un droit fondamental, et ne pas avoir accès à internet prive de beaucoup de ce que notre société a à offrir. Mais OVH va plus loin que ce droit à accéder à internet : eux indiquent que nous devrions tous avoir le droit d'exister sur internet. Avoir tous une identité numérique, une présence personnelle fixe.

Car actuellement, sur internet, qu'y a-t-il ? Des sites. Des gens qui participent à ces sites. Des gens qui créent ces sites. En d'autres termes, nous avons une sorte de séparation, par exemple sur les blogs, entre les bloggeurs d'un coté, qui rédigent les articles, et leurs commentateurs de l'autre, qui y participent, font également vivre le blog mais en restant "extérieurs" à celui-ci. Si tous, nous avions des sites, nous pourrions trouver d'autres manières de communiquer, une autre façon de voir l'internet : au lieu d'être un ensemble de lieux séparés par des liens, nous pourrions imaginer un espace d'échange immense, un super-blog ou plus généralement une sorte de ville immense, comme une seconde life mais sans son caractère commercial...

Il y a là je pense une idée à développer. Une idée qui peut mener à quelque chose de superbe ; je pense que cela mérite d'être réfléchi.

Mise à jour : cette annonce était un poisson d'avril de la part d'ovh ; mais cela n'enlève rien à ma reflexion, à mon humble avis.

dimanche, mars 29 2009

Parachutes dorés

Bien, après tout, puisque j'ai créé cette catégorie, il faut bien commencer à l'utiliser, et également pour des textes qui sont de moi, n'est-ce pas ? Donc un petit mot sur un sujet qui reviens souvent dans l'actualité en ce moment : les parachutes dorés. Rappelons d'abord, pour ceux de mes trois lecteurs [1] qui vivraient dans une grotte depuis plusieurs mois le principe de base de notre société.

Lorsque quelqu'un ne remplit plus correctement ses fonctions, diverses sanctions peuvent être prises par son entreprises. La plus grave de toutes, bien sûr, c'est le licenciement : dans le cas d'un simple GDBSP[2] ou d'un RDTLM[3], c'est généralement un "allez directement à l'ANPE[4]. Ne passez pas par la case départ, ne touchez pas 20.000 euros.

Dans le cas d'un patron de grande entreprise, par contre, c'est un peu plus compliqué. En effet, ils ont droit à des indemnités de licenciement[5]. Et ces indemnités se chiffrent en millions d'euros (le dernier en date étant de 3.2 millions d'euro, à moins qu'un autre se soit rajouté depuis ?).

Bref. Je n'irais pas plus loin dans la question de savoir si oui ou non, les politiques peuvent légiférer sur ce point, d'autres[6] l'ont déjà fait, et avec plus de talent que je n'en aurais jamais (et plus de connaissance, aussi, de la chose politique). En revanche, je me permet une rapide réflexion sur ce que m'inspire ce fait. Et pour commencer, les chiffres.

Je ne suis même pas sûr de concevoir réellement ce que représentent ces chiffres. Je veux dire... Je touche, à la louche, 1000 euros par mois. 3.2 million d'euros, ça représente 3 200 mois de mon salaire... Près de 267 ans. Même en travaillant toute ma vie, je ne pourrais jamais gagner ce que lui a gagné en l'espace d'un vote de son conseil de direction. Et même ! Une personne avec de "bons revenus", disons 3 000 euros, par exemple, soit tout de même le triple du salaire d'un smicard, devrais travailler 89 ans pour gagner cette somme. 89 ans. Plus que la durée de vie moyenne en France. Je ne suis même pas capable de concevoir un chiffre aussi grand.

Je n'ai même aucune idée de ce à quoi peut bien servir une telle somme. L'impression que j'en ai est presque qu'elle ne peut servir qu'à faire envie, à montrer aux autres que la fortune de cet homme est colossale. Faites le calcul : en mettant dans un compte épargne à 3% une telle somme, les intérêts à eux seuls s'élèvent à 8000 euros. De quoi embaucher quatre personnes au smic en comptant les charges[7]. Avec une indemnité de licenciement, c'est à dire avec l'argent qui lui a été donné parce qu'il ne faisait pas son travail de façon convenable, cet homme vient de gagner de quoi vivre avec huit fois mon train de vie actuel, sans jamais toucher à son capital de départ.

Je ne me demande pas si une loi pourrait ou non être votée : cela me semble même sans objet dans ce cadre. Non, ce que je me demande, c'est comment une personne seule peut posséder autant d'argent. Peut le gagner aussi simplement - juste en étant viré.

Cela m'amène ensuite à une autre réflexion : quelle est la vraie valeur de l'argent ? Je m'exprime autrement : lorsque je fais une heure de travail, je suis payé une certaine somme (8.71 euros, si mes souvenirs sont exacts, mais je n'ai pas de feuilles de paye sous la main). Cette heure que me paye l'entreprise, je la passe à travailler : je fait de mon mieux pour satisfaire les désirs de nos clients, résoudre les problèmes qu'ils rencontrent, créer un site qui corresponde exactement à leurs attentes, bref, je travail.

Ce patron gagne donc, si 3.26 millions d'euro correspondent à son salaire de deux ans, 135 800 euros environ chaque mois. Mettons qu'il soit à 50 heures (c'est surement quelqu'un qui travaille beaucoup, non ?) ça fait environ 670 euros par heure. Deux heures de son temps à lui correspondent à un mois de mon temps à moi[8]. Alors, que fait-il de tellement mieux que moi pendant son travail pour gagner environ 77 fois plus que moi par heure ?

Parce que mine de rien, je ne suis pas le seul à être au smic. Que certains travaux requièrent des études plus longues, soient plus pénibles ou autres que le mien, je le comprends parfaitement. J'accepte qu'un avocat, un chercheur, un enseignant, bref, toutes ces personnes qui ont fait des études longues pour arriver à un poste assez ingrat soient payés plus que moi. Je l'accepterais pareillement, d'ailleurs, d'un chef d'entreprise... Mais 77 fois plus ? Avec son seul salaire, on fait tourner une PME.

Que fait-il ? A quoi correspond cet argent ? Et d'une manière plus générale, que signifie cet euro que j'utilise pour payer la boulangère ? Est-ce qu'il représente le travail de sept minutes (à moi) ? Est-ce qu'il représente le travail de 5 secondes environ (soit le sien) ? Est-ce qu'il représente le temps mis par ma boulangère pour faire ce pain[9] ?

On me dit que cela représente une quantité d'or, placée dans la banque de France[10]. Soit. Alors à quoi correspond cet or ? Quelle est sa valeur ? Je ne peux pas le manger, je ne peux pas bloguer avec, je ne peux même pas m'en faire une casserole (l'or, ça fond). On me dit que cela permet de fixer un étalon commun à tout le monde. Quel est cet étalon ? Que signifie cette "communauté" lorsque des disparités telles apparaissent ? Lorsqu'un même symbole à une valeur 77 fois plus grande pour l'un que pour l'autre ?

Je pense que cette question est la plus importante. Lorsqu'on aura répondu à cette question, lorsqu'on saura exactement ce qu'est l'argent, à quoi rime ces euros dont la signification change de l'un à l'autre, Actuellement, ce sont juste des chiffres vident de sens.

Je terminerais tout ceci par un petit poème[11] trouvé il y a longtemps dans un livre :

Si tu veux connaitre la valeur d'une année, demande à celui qui va la passer loin de celle qu'il aime
Si tu veux connaitre la valeur d'une journée, demande à l'étudiant qui révise ses examens
Si tu veux connaitre la valeur d'une minute, demande à l'homme qui vient de rater son train
Si tu veux connaitre la valeur d'une seconde, demande au boulanger qui cuit son pain.

A quoi riment donc tous ces temps ?[12]

Notes

[1] Oui, d'après mes statistiques de blog, j'ai en moyenne trois lecteurs par jour depuis quelques semaines. Mais une question me taraude : suis-je ou non pris en compte dans ces statistiques ? Sachant que j'ai deux IP (maison + boulot)...

[2] Grouilleux De Base Sous-Payé

[3] Responsable De Toutes Les Merdes

[4] (ou au pôle emploi, maintenant, il parait)

[5] Aux mauvaises langues qui me répondraient "comme nous", je répondrais que si je fait couler ma boite parce que je me met soudain à coder comme un pied, je doute fort que mon patron m'offre deux ans de salaire pour me virer

[6] Ici, par exemple

[7] Environ : je n'ai aucune idée de combien peuvent être exactement ces charges, mon patron ayant des déductions pour mon contrat.

[8] Je sais, les heures supplémentaires des cadres ne sont pas comptées. C'est pour ça que j'ai mis 50 heures.

[9] Et si douée soit-elle, je doute fortement qu'elle ne mette que cinq secondes à faire un pain

[10] Ce n'est d'ailleurs pas vrai, si je me souviens bien, seul le dollars est indexé sur l'or, mais admettons.

[11] Après tout, que serait ce blog sans ses poèmes douteux ?

[12] Et au passage, voici que je me met à adopter les tics et les tacs de maitre Mô en mettant des notes de bas de page partout !

lundi, mars 23 2009

Sans mots pour le dire

Je voulais faire un texte sur ce point. Sur ce texte que j’ai lu, ce récit de la vie d’une autre. J’avais commencé à l’imaginer, à en composer les parties.

Et puis non. Je ne met que le lien. Si quelqu’un viens parfois me lire, qu’il ou elle lise aussi cela. J’avoue être en larmes à la fin du texte.

http://maitremo.fr/2008/12/02/broyee/#more-538